Contamination par les mycotoxines : les professionnels aussi sont concernés

S. Ndaw Hygiène et sécurité du travail, HST, INRS, 2015, n°240, pp. 92-95-62

Produites par des moisissures, les mycotoxines sont des toxiques se développant sur la plante en plein champ ou lors du stockage, dans toutes les régions du monde. Le changement climatique semble propice au développement de ces mycotoxines et selon la FAD (Food and Agriculture Organization), près de 25% des denrées alimentaires mondiales seraient contaminées par des quantités significatives de mycotoxines. Sont concernés les céréales, les graines oléagineuses, les fruits secs, les épices et les aliments composés et manufacturés issus de ces filières et destinés à l’alimentation humaine et animale, le fourrage....
Les plus emblématiques des mycotoxines sont les aflatoxines retrouvées dans les denrées en provenance des régions chaudes et humides (maïs, arachides, sorgho, riz, noix comestibles, épices...).
L’ingestion d’aliments contaminés est considérée comme la principale voie d’exposition chez l’homme et l’animal et serait à l’origine de néphropathies, cancers, pathologies hépatiques, syndromes hémorragiques, désordres immunologiques et neurologiques. Une réglementation existe quant à la teneur en mycotoxines des aliments et à titre d’exemple, la Commission européenne autorise dans les céréales destinées à l’alimentation animale, une teneur maximale en aflatoxine B1 de 20 µg/kg.
Mais la question des risques professionnels liés à des exposition aux mycotoxines sur les lieux de travail reste peu documentée. Des effets sur la santé tels des troubles neurocognitifs, des atteintes rénales et pulmonaires ont été décrits mais non rapportés à leur cause potentielle, en raison de l’absence de métrologie.
Des observations récentes suggèrent des expositions professionnelles par inhalation de bioaérosols ou de particules contenant des mycotoxines et lors de contacts cutanés ainsi que des effets additifs ou synergiques des coexpositions. Il est rapporté également que la quantité de mycotoxines dans les poussières pourrait être plus de dix fois supérieure à celle dans les matières premières.
L’évaluation de l’exposition professionnelle doit passer par :

  • le dosage des mycotoxines dans l’air des lieux de travail,
  • le dosage des mycotoxines et de leurs métabolites dans les urines des professionnels potentiellement exposés,
  • une approche multidisciplinaire permettant de caractériser les expositions aux mycotoxines en milieu de travail.
(publié le 31 décembre 2015)