Le risque infectieux en salle d’autopsie

A.WERBROUCK, C. MANAOUIL, M. GIGNON, E. TURBANT-CASTEL, D. CHATELAIN, O. JARDÉ Journal de Médecine Légale Droit Médical. - 2007. - Vol. 50. - N° 8. - Pages 426-439. - Bibliographie

La salle d’autopsie est une source potentielle de risque sanitaire pour toute personne entrant en contact avec le défunt. Sur le plan architectural, une salle d’autopsie doit respecter les principes sanitaires d’un bloc opératoire, en terme de structure, d’équipements, de maintenance ou encore de flux circulatoire, mais les exigences ne sont pas toujours appliquées dans la réalité. Chaque année, environ 5 000 autopsies médicolégales sont réalisées en France (hors Paris et DOM-TOM) dont environ 4 000 par les CHU ; la majorité d’entre eux en effectuant plus de 100/an. Le niveau de risque infectieux varie en fonction de facteurs propres, notamment l’immunocompétence de l’opérateur mais aussi en fonction de l’agent infectieux porté ou suspecté chez le défunt. Quelle que soit la cause du décès, la manipulation d’un cadavre n’est jamais dénuée de risques qui sont liés en premier lieu à la putréfaction et aux germes qui se multiplient à cette occasion. Ensuite en fonction de la pathologie du défunt, on peut craindre les bacilles de la tuberculose, de l’anthrax, du tétanos qui peuvent survivre de nombreuses années. En revanche, la durée de vie des particules virales ne dépasse pas en général 6-7 jours sauf en cas de réfrigération. Les agents pathogènes peuvent être acquis par inhalation, ingestion, inoculation directe et par voie transcutanée ou transmuqueuse, mais le risque est maximal en cas de piqûre.

Les corps étrangers méconnus ou surfaces abrasives comme les esquilles osseuses représentent par ailleurs un risque supplémentaire. En pratique, les risques biologiques principaux rencontrés par le personnel de la chambre mortuaire sont les infections cutanées par Mycobacterium tuberculosis, les hépatites virales à transmission sanguine, le VIH, et les agents responsables des encéphalopathies spongiformes, telles les variantes de la maladie de Creutzfeldt- Jacob. D’une manière générale, le risque de contamination est graduel : minime lors des contacts extérieurs, il augmente progressivement avec l’avancée de l’autopsie et croît essentiellement lors de l’extraction des viscères. Le risque infectieux est ensuite présenté germe par germe : mycobactéries, VIH, hépatites B et C, hépatite A, encéphalopathies spongiformes subaiguës transmissibles, virus du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), herpès virus, risques parasitaires et fongiques, variole, agents pathogènes divers et corps étrangers à risque (corps tranchants, prothèses endommagées, fragments de balle en particulier à explosion ». Des guides de bonnes pratiques ont été publiés recommandant une série de protocoles visant à assurer un risque infectieux minima lors de l’examen autopsique.

L’avenir est peut-être dans l’autopsie virtuelle lorsque les techniques d’imagerie auront pris le pas sur l’instrumentation autopsique classique.

(publié le 4 décembre 2008)