Leptospirose

P. Abgueguen, E. Pichard La Revue du Praticien, 2009, vol.59, n°5, p.665-673

La leptospirose est une maladie répandue dans le monde, responsable de millions de cas chaque année, particulièrement dans les zones tropicales. L’incidence de la maladie est maximale en Asie à cause des rizières. La France est le pays le plus touché des pays d’Europe mais les leptospiroses sont particulièrement fréquentes dans les DOM-TOM. 23 sérogroupes et plus de 225 sérovars sont identifiés. Les formes graves peuvent s’observer avec tous les sérogroupes même si le sérogroupe L. ictero-hemorrhagiae est plus souvent responsable des leptospiroses les plus graves. Pour la première fois en 2007, le sérogroupe majoritaire en métropole a été grippo-typhosa avec 35% des cas. Le réservoir est constitué essentiellement par les rongeurs (rat et ragondin essentiellement) mais aussi par les chiens et les animaux d’élevage (porcs, bétail, chevaux) qui éliminent les leptospires dans leurs urines et souillent ainsi le milieu extérieur. La transmission à l’homme se fait le plus souvent par la voie cutanéomuqueuse par l’intermédiaire des eaux contaminées par les animaux porteurs. La contamination par morsure est rare, la voie respiratoire ou digestive est exceptionnelle. Un pic d’incidence est habituel pendant la période estivo-automnale lié aux activités de loisirs en rapport avec l’eau durant cette période. L’incubation est en moyenne de 5 à 14 jours mais peut atteindre 30 jours. La maladie est de diagnostic difficile car les signes cliniques imitent bien d’autres maladies. Il faut y penser devant un syndrome grippal hors du contexte d’épidémie de grippe avec fièvre, céphalées, myalgies intenses. Les atteintes hépatique (avec ictère) et rénale sont ensuite les deux atteintes d’organe les plus fréquentes. D’autres localisations peuvent survenir (méningées, cardiaques et respiratoires). La forme ictéro-hémorragique est la forme habituelle, souvent peu grave de la maladie. Le diagnostic de certitude est obtenu plusieurs semaines plus tard par une sérologie. Des méthodes de diagnostic rapide sont en cours de développement notamment la PCR (polymerase reactive chain) qui permet un diagnostic en quelques jours à partir de prélèvements tels que le sérum, les urines, et le liquide céphalo-rachidien. Le traitement curatif repose sur une antibiothérapie précoce par l’ampicilline, l’amoxicilline ou la doxycycline par voie orale. Le personnel exposé disposera d’équipements permettant de les protéger contre l’eau contaminée et les urines d’animaux (gants, bottes, cuissardes, combinaisons ou vêtements de protection, voire lunettes) mais en France où les activités de loisir comme la baignade, la pêche, les sports nautiques sont les plus à risque, la protection reste illusoire et repose sur l’information du public qui permettra une prise en charge précoce des symptômes. La vaccination est justifiée lors de conditions d’exposition majeures essentiellement en milieu professionnel. Elle n’est dirigée que contre un seul sérogroupe L. ictero-haemorraghiae, responsable d’un quart des infections. La réponse protectrice est bonne mais de courte durée. Dans le cadre de situations épidémiologiques particulières, il peut être proposé une antibioprophylaxie par doxycycline à la dose de 200 mg, une fois par semaine sur de courtes durées (afin de réduire le taux d’attaque, la morbidité et la mortalité de la maladie). La leptospirose n’est plus une maladie à déclaration obligatoire depuis 1987. Elle est reconnue comme maladie professionnelle (tableau n°19 du Régime général et tableau n°5 du Régime agricole)

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(publié le 23 septembre 2009)