Leptospirose

P. Bourhy, P. Hochedez, M. Picardeau Encyclopédie Médico-Chirurgicale, Elsevier Masson SAS, Issy-les-Moulineaux, Maladies Infectieuses, 2012, 8-039-Q-10, 12 p. Bibliographie
La leptospirose est une zoonose de répartition mondiale, en milieu rural et urbain sous des climats tempérés et tropicaux. L’homme est un hôte occasionnel dans un cycle impliquant des animaux sauvages porteurs asymptomatiques (rongeurs) et des animaux sensibles, sauvages et domestiques (bétail et chien). Les animaux (principalement les rongeurs) excrètent les leptospires dans leurs urines et contaminent ainsi l’environnement hydrique propageant la maladie à d’autres animaux ou à l’homme. Les leptospires pénètrent dans l’organisme humain au niveau des lésions du revêtement cutané ou par les muqueuses des yeux, de la bouche ou du nez après contact avec de l’eau contaminée.
20 espèces de leptospires ont été décrites, classées en 6 espèces saprophytes, 9 pathogènes et 5 intermédiaires. Les leptospires sont classés en sérovars (300) regroupés en une trentaine de sérogroupes.
Dans le monde, on dénombre plus de 500 000 cas sévères tous les ans avec un taux de mortalité pouvant excéder 10%. En France, 300 cas sont notifiés chaque année concentrés pendant la période estivo-automnale.
Les facteurs de risque sont en France : le contact avec les animaux, les activités de baignade et de sports aquatiques en eau douce, le tourisme dans les pays tropicaux.
La leptospirose est un problème de santé publique dans de nombreux pays d’Amérique Latine et d’Asie du Sud-Est, en lien avec le réchauffement climatique, les précipitations élevées (saison des pluies), les inondations et cyclones, l’urbanisation grandissante (bidonvilles en périphérie des mégapoles et présence de rats).
La leptospirose peut revêtir diverses formes cliniques, depuis la forme fébrile anictérique (90% des cas) jusqu’à la défaillance multiviscérale potentiellement mortelle (défaillance hépatique et rénale, manifestations pulmonaires, cardiaques, neurologiques, oculaires).
Le diagnostic différentiel se pose avec d’autres pathologies infectieuses en particulier en zone tropicale avec le paludisme ou la dengue, ce qui entraîne un risque de retard à la prescription d’une antibiothérapie adaptée.
Le diagnostic par sérologie demande plus d’une semaine après l’apparition des symptômes. Le diagnostic bactériologique est peu pratiqué car il nécessite un milieu de culture spécifique et donne une réponse tardive. Actuellement, la détection de l’ADN bactérien par PCR sur des prélèvements biologiques précoces tend à supplanter les autres techniques.
Le traitement repose sur une antibiothérapie adaptée (ß-lactamines ou cyclines), prescrite le plus précocement possible. Les formes modérées et sévères relèvent de la pénicilline G intraveineuse ou mieux de la ceftriaxone pendant 7 jours. En cas de doute diagnostique, il est actuellement recommandé de privilégier les céphalosporines de 3e génération. Les patients présentant des défaillances viscérales seront pris en charge par une unité de soins intensifs et de réanimation.
La doxycycline à la dose quotidienne de 100 mg en prévention du paludisme pourrait avoir aussi un effet préventif contre la leptospirose. Ce qui est un atout dans les régions tropicales.
Il n’existe pas de recommandation de prophylaxie post-exposition après contact avec un animal fortement suspect de leptospirose bien qu’il y ait eu succès après exposition accidentelle dans un laboratoire.
Un vaccin existe dans plusieurs pays dont la France qui correspond à l’épidémiologie locale de ces pays. Il n’est efficace que contre le sérovar entrant dans sa composition. Le vaccin français commercialisé sous le nom de Spirolept® contient L. interrogans sérovar Icterohaemorragiae souche Verdun inactivée par le formaldéhyde.
La vaccination est recommandée aux égoutiers, employés de voirie, personnels de traitement des eaux usées, personnels des abattoirs, garde-pêche, travailleurs agricoles. Le schéma vaccinal comporte 2 injections à 15 jours d’intervalle, un rappel entre 3 et 6 mois et ensuite tous les deux ans.
Plusieurs groupes travaillent actuellement à l’élaboration d’un vaccin sous-unitaire mais la multiplicité des sérovars pathogènes compromet sérieusement la tâche.
(publié le 23 août 2012)