Leptospirose
Quels moyens de prévention en milieu professionnel ?

C. Peyrethon Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2012, vol.73, n°1, pp. 37-47. Bibliographie
La leptospirose est une anthropozoonose ubiquitaire potentiellement grave où l’homme se retrouve être un hôte occasionnel. Les agents pathogènes sont des bactéries gram négatif qui appartiennent au genre Lesptospira ; les réservoirs sont essentiellement des mammifères.
L’homme se contamine par voie cutanéo-muqueuse : contact direct avec les animaux malades, leurs organes ou leurs urines, ou contact indirect par l’intermédiaire d’eaux contaminées par les urines d’animaux infectés. La voie respiratoire est exceptionnelle.
La contamination se fait à travers une peau lésée ou une peau saine dont la perméabilité est augmentée par une immersion prolongée.
La surveillance de la leptospirose est assurée en France par le Centre national de référence des leptospiroses (CNRL), spiroc@pasteur.fr qui collecte les données concernant les cas de leptospirose humaine depuis 1923 avec une mission d’expertise et d’identification des souches isolées en pathologie humaine. La leptospirose n’est plus une maladie à déclaration obligatoire depuis 1986.
On estime à 500 000, le nombre de cas sévères dans le monde avec une incidence maximale en Asie surtout en zone rurale et dans les périodes suivant les inondations.
En France, 300 cas sont notifiés par an (incidence entre 0,4 et 0,5 pour 100 000 habitants) ; les régions les plus touchées étant Franche-Comté, Champagne-Ardennes, Bourgogne, Basse-Normandie, Pays de la Loire et Aquitaine. Les leptospiroses sont plus fréquentes dans les DOM-TOM (410 cas par an sur les 15 dernières années), surtout en Nouvelle-Calédonie en raison du climat chaud et humide de ces pays.
En France, la maladie est plus fréquente de juin à octobre et les sports nautiques en eau douce sont la cause majeure de contamination. 30% des cas de leptospirose sont d’origine professionnelle.
La maladie se caractérise par une évolution biphasique avec une première phase septicémique de trois à sept jours, marquée par un syndrome pseudo-grippal et algique, puis après une période d’amélioration, la survenue d’une phase d’état de quatre à 30 jours marquée par une fièvre modérée, une atteinte multiviscérale et l’apparition d’anticorps. La maladie ne protège pas d’infections ultérieures.
Les formes cliniques sont variables, allant de formes asymptomatiques ou subcliniques à des formes sévères avec atteinte multiviscérale en passant par des formes bénignes.
Le diagnostic est difficile en début de maladie. Un score diagnostique est proposé par l’organisation mondiale de la santé à partir de trois données : association de myalgies, suffusion conjonctivale et signes méningés, survenant dans un contexte évocateur. Le diagnostic positif est basé sur l’amplification génique dès la prise en charge du patient , puis la sérologie. Le diagnostic de certitude est généralement rétrospectif, et obtenu plusieurs semaines après.
Le traitement est symptomatique pour tout ce qui est propre à chaque complication. Le traitement étiologique repose sur l’antibiothérapie, d’autant plus efficace qu’elle est commencée précocement, une fois les prélèvements effectués.
Le pronostic varie avec l’âge (gravité plus importante chez les plus de 50 ans) et l’existence d’un ictère.
La prévention de cette maladie suppose l’évaluation du risque et repose sur des mesures collectives générales (formation et information des salariés, réduction et contrôle des réservoirs de la bactérie) et des mesures individuelles (respect des règles générales d’hygiène, équipements de protection individuelle, et vaccination : 2 injections à 15 jours d’intervalle, un premier rappel à 6 mois, puis un rappel tous les deux ans).
En cas d’exposition brève ou occasionnelle, la décision de vacciner est discutable.
Dans le cas de missions exceptionnelles non reproductibles, certains auteurs préconisent deux vaccinations à 15 jours d’intervalle sachant que l’immunité acquise 15 jours après la deuxième injection durera un an. D’autres proposent en cas d’exposition au risque maximale sur une courte durée, la prise de doxycycline 200mg par semaine en débutant deux jours avant l’exposition et en la poursuivant le temps de l’exposition. Il est impératif d’y associer les moyens de prévention collectifs.
En post-exposition, il est conseillé une antibiothérapie préventive : ampicilline per os, 2g/jour durant 8 jours.
La leptospirose peut être réparée en maladie professionnelle au titre des tableaux 19 alinéa 9 du régime général et du tableau 5 du régime agricole.
(publié le 10 mai 2012)