Cancers bronchopulmonaires professionnels

B. Clin, J-C. Pairon, P. Brochard, M. Letourneux Encyclopédie Médico-Chirurgicale, EMC, Elsevier-Masson SAS, Issy-les-Moulineaux, 2014, vol.9, 16-535-G-01, 10 pages

Les cancers bronchopulmonaires primitifs (CBP) représentent en France, chez l’homme le deuxième cancer le plus fréquent après le cancer de la prostate et la première cause de mortalité par cancer. Chez la femme, l’incidence du CBP et la mortalité associée ne cessent d’augmenter.
Le CBP est une pathologie multifactorielle et si la fréquence élevée est liée en grande partie à la consommation de tabac, le rôle des cancérogènes professionnels ne doit pas être négligé. Chez l’homme, il est estimé que la fraction des CBP attribuable à des expositions professionnelles se situe entre 13 et 29 %.
L’article s’intéresse aux principaux secteurs professionnels où sont observés des excès de CBP.
En ce qui concerne l’amiante, le modèle établi à partir de populations fortement exposées démontrant qu’il existait une relation dose-effet entre l’exposition professionnelle à l’amiante et la mortalité est pris en défaut par des études récentes lorsqu’il s’agit de groupes professionnels moins exposés, où le nombre de CBP serait plus important que celui "attendu" en fonction du modèle précédent. De même, les observations récentes ne permettent pas d’affirmer que la présence de signes de fibrose parenchymateuse à la radiographie pulmonaire soit une condition nécessaire à la survenue d’un CBP lié à une exposition professionnelle à l’amiante.
L’implication des fibres minérales artificielles dans le risque de CBP est difficile à prouver en raison de la fréquente intrication avec des expositions antérieures à l’amiante et au tabagisme. Il faut néanmoins souligner que le pouvoir cancérogène expérimental de ces fibres a été confirmé dans des études par inhalation menées dans plusieurs espèces animales.
Le pourcentage de silice cristalline dans l’aérosol généré en milieu de travail pourrait expliquer au moins partiellement que le CBP est inconstamment retrouvé notamment dans les mines de charbon où le pourcentage de silice cristalline est en règle générale faible.
Un certain nombre de secteurs de la fonderie, de la production d’aluminium, du secteur du BTP ou de la construction, le ramonage (exposant aux hydrocarbures aromatiques polycycliques) sont associés à un excès de CBP.
L’exposition aux fumées d’échappement de moteurs diesel est responsable d’un excès de CBP avec un risque relatif de 1,31.
Parmi les métaux, certains sont classés "cancérogènes certains" pour l’homme. Il en est ainsi du cadmium, de l’arsenic et ses dérivés, du béryllium et ses dérivés, de certains dérivés du chrome hexavalent et du nickel. D’autres tels le cobalt associé au carbure de tungstène ont été classés comme "cancérogène probable".
Enfin certains métiers sont plus à risque en ce qui concerne les CBP sans qu’il ait été possible d’individualiser le rôle d’une nuisance spécifique. Il en est ainsi des peintres ou des travailleurs de l’industrie du caoutchouc.

"La prévention des cancers professionnels repose avant tout sur la prévention primaire, c’est à dire sur l’identification des substances ou procédés cancérogènes présents dans l’environnement de travail. Cette prévention primaire repose également sur l’évaluation de l’exposition individuelle et de l’exposition collective, dans une perspective de suppression complète des expositions. L’information des salariés susceptibles d’être confrontés à un facteur de risque professionnel de CBP constitue un volet capital dans l’instauration de mesures de prévention des expositions".

Dans tous les cas où le risque professionnel n’a pu être maîtrisé, il est prévu une surveillance médicale renforcée des sujets exposés professionnellement à des agents cancérogènes et après le départ en retraite, une surveillance post professionnelle gratuite pour les travailleurs qui en font la demande.

Les sujets atteints d’un cancer lié à une exposition professionnelle peuvent être indemnisés au titre de la réparation en "maladie professionnelle". Le Fonds d’Indemnisation des Victimes de l’Amiante (FIVA) permet aux sujets victimes de pathologies en rapport avec une exposition à l’amiante de prétendre à une réparation complémentaire du préjudice subi. Quand les conditions des tableaux ne sont pas remplies, il est possible de s’adresser au Comité de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP).

Un interrogatoire professionnel systématique des patients atteints d’un cancer bronchopulmonaire devait permettre d’orienter vers une origine professionnelle. En effet, la latence importante entre le début de l’exposition professionnelle et la maladie peut rendre difficile l’identification des risques. C’est ainsi qu’il en résulte une importante sous-déclaration des CBP.

(publié le 27 mars 2014)