Cancers bronchopulmonaires professionnels

B. Clin, J-C. Pairon, P. Brochard, M. Letourneux Encyclopédie Médico-Chirurgicale, EMC, Pathologie professionnelle et de l’environnement, Elsevier Masson SAS, Issy-Les-Moulineaux, 2015, vol.10, n°1, 16-535-G-01, 10 pages. Bibliographie

Le cancer bronchopulmonaire (CBP) est chez l’homme le deuxième cancer le plus fréquent après le cancer de la prostate et la première cause de mortalité par cancer. Le CBP est une pathologie multifactorielle et si sa fréquence élevée est en grande partie liée à la consommation de tabac, il est très important de ne pas méconnaître d’éventuelles expositions professionnelles qui seraient responsables de 13 à 29% des CBP.
Cet article développe les données de la littérature scientifique concernant les cancérogènes pulmonaires professionnels et les situations d’expositions professionnelles aux cancérogènes pulmonaires les plus fréquentes (amiante, silice cristalline, hydrocarbures aromatiques polycycliques HAP, fumées d’échappement des moteurs diesel, métaux, fibres minérales artificielles, chlorométhyléthyléther et bischlorométhyléther, radon, tabagisme passif) et/ou suscitant actuellement certaines interrogations. Il en est ainsi :

  • du métier de peintre où, bien qu’il soit classé parmi les procédés cancérogènes de groupe 1 (cancérogènes certains pour l’homme), il n’a pas pu être individualisé une nuisance spécifique ;
  • des travailleurs de l’industrie du caoutchouc (industrie classée en groupe 1) où il n’a pas été possible d’identifier le rôle d’une nuisance spécifique même si le rôle des HAP est évoqué ;
  • des soudeurs : le soudage a été classé cancérogène groupe 2B (cancérogène possible pour l’homme). Il a été montré dans cette profession un excès de CBP avec un RR égal à 1,26 (IC 95%:1,10-1,59) sans qu’une différence significative ait pu être identifiée entre les soudeurs d’acier inoxydable et les soudeurs d’acier doux.
  • des sujets exposés à la TCDD, une des dioxines les plus toxiques pour l’homme lors de la fabrication d’herbicides à base de chlorophénols, lors du blanchiment de pâte à papier et lors de la dégradation thermique des polychorobiphényles.

"La prévention des cancers professionnels repose essentiellement sur la prévention primaire, c’est-à-dire l’identification des substances ou procédés cancérogènes présents dans l’environnement de travail mais également sur l’évaluation de l’exposition individuelle ou collective dans une perspective de suppression complète des expositions".
L’information des salariés susceptibles d’être exposés à une substance ou à un procédé cancérogènes est essentielle dans la prévention.

L’indemnisation des CBP se fait en France au titre de la réparation en maladie professionnelle sous certaines conditions médicales et administratives. Le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA) permet aux sujets victimes de pathologies en rapport avec une exposition à l’amiante de prétendre à une réparation complémentaire du préjudice subi, au-delà de celle accordée par la reconnaissance en maladie professionnelle, sans utiliser la voie de la procédure contentieuse.
Devant un CBP, aucune caractéristique spécifique ne permet d’orienter vers une origine professionnelle en dehors de la notion de conditions d’exposition significative à un facteur de risque reconnu. Le long délai entre l’exposition et la survenue de l’exposition rend difficile l’identification des facteurs de risque ; il en résulte une sous-déclaration des CBP professionnels.

(publié le 30 juillet 2015)