Dermatoses professionnelles

M-N. Crépy, A. Nosbaum, L. Bensefa-Colas Encyclopédie Médico-Chirurgicale, EMC, Elsevier Masson, SAS, Issy-les-Moulineaux, 2013, vol. 8, n°4, 16-533-A-10, 23 pages. Bibliographie

Une dermatose professionnelle est une maladie cutanée, provoquée exclusivement ou aggravée par le travail.
L’incidence de ces pathologies est très élevée et de nombreux facteurs contribuent à cette situation, la peau étant l’organe le plus exposé aux agents externes qui peuvent être chimiques, physiques ou biologiques.

  • Les dermatoses les plus fréquemment déclarées sont les dermatites de contact qui regroupent les dermatites de contact d’irritation (DIC), les dermatites de contact allergiques (DAC), les urticaires de contact (UC) et les dermatites de contact aux protéines (DCP).

La diversité des irritants en lien avec l’industrie qui développe sans cesse de nouveaux matériaux et substances chimiques, ainsi que l’association de plusieurs irritants chimiques ou physiques rend la situation complexe.
Une fois la barrière cutanée altérée, le contact avec des substances jusqu’alors bien tolérées pérennise l’irritation et l’irritation fait le lit de l’allergie.
Bien que cliniquement la DIC et la DAC soient très proches, leur physiopathologie est différente. L’agent chimique est pro-inflammatoire par "toxicité" directe sur les cellules cutanées dans la DIC alors qu’il active des lymphocytes T (LT) spécifiques qui déclenchent une réaction inflammatoire dans la DAC. Les étapes tardives donnant lieu à la lésion d’eczéma sont en revanche très proches, ce qui explique que les lésions des DAC et de DIC puissent être confondues cliniquement et histologiquement. Il s’avère souvent délicat de tracer les frontières entre DAC et DIC, car il existe de nombreuses interactions possibles entre les allergènes dont beaucoup sont également irritants et les irritants "purs" qui peuvent se comporter comme des facteurs aggravants de la dermatite atopique sous-jacente.
La physiologie de l’UC fait intervenir les mastocytes dont l’activation entraîne des effets dont la libération d’histamine, la synthèse de leucotriènes et de prostaglandines et plus tardivement la synthèse de cytokines et de chimiokines.
La DCP concerne dans 50% de cas, des personnes ayant un terrain atopique ou une peau préalablement abîmée et le mécanisme physiologique reflète une sensibilisation immédiate liée aux IgE.
Les causes de dermatites de contact professionnelles sont très souvent multifactorielles associant facteurs environnementaux professionnels (et parfois non professionnels) et facteurs endogènes.
Le diagnostic d’une dermatite professionnelle doit être le plus précoce possible. _ Le bilan allergologique d’une suspicion de DAC repose sur la pratique de tests épicutanés en milieu spécialisé avec la batterie standard européenne et selon l’activité professionnelle avec les batteries de tests spécialisés ainsi que par des tests avec les produits réellement utilisés et dont il faut connaître la composition chimique.
L’exploration d’une UC repose sur la pratique de tests cutanés et la recherche d’IgE spécifiques in vitro.

La prévention sera avant tout collective, mais aussi individuelle et médicale. Les deux facteurs essentiels sont la réduction maximale du contact cutané avec les irritants et l’éviction complète du contact cutané avec les allergènes auxquels le patient est sensibilisé.

La réparation se fait dans le cadre des tableaux de maladies professionnelles indemnisables des régimes général et agricole.

Outre ces dermatites de contact, différents chapitres développent :

  • les éruptions acnéiformes chimiquement induites, dont la chloracné en lien avec certains hydrocarbures aromatiques halogénés, ou la folliculite en lien avec les huiles minérales, les graisses, le pétrole brut, les carburants, le diesel, la créosote et le brai ;
  • la leucodermie chimique (hypopigmentation acquise provoquée par l’exposition cutanée répétée à certains agents chimiques dont les dérivés aromatiques ou aliphatiques des phénols substitués en para) ;
  • le syndrome des vibrations dont le phénomène de Raynaud ;
  • les connectivites dont la sclérodermie systémique pour laquelle l’étiologie est inconnue mais dont le mécanisme ferait intervenir des facteurs génétiques et environnementaux parmi lesquels une exposition aux toxiques ;
  • les cancers cutanés dont les principaux sont le mélanome (redoutable car capable de métastaser), le carcinome basocellulaire, le carcinome épidermoïde, et dont les étiologies sont les UV, les radiations ionisantes, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, l’arsenic, les traumatismes ;
  • les infections bactériennes, virales, mycosiques ou parasitaires (gale).

Face à la diversité de ces pathologies dermatologiques et la multiplicité des causes, "un bilan en milieu spécialisé permet d’identifier les causes, de mettre en place la prévention et d’orienter le salarié dans sa démarche professionnelle".
Le concours du médecin du travail est indispensable à tous les stades de l’évolution de la pathologie : prévention, diagnostic, aménagement du poste, reclassement, réparation.

(publié le 10 décembre 2013)