La création d’un tableau de maladie professionnelle pour le syndrome d’épuisement professionnel (burnout) n’est pas une bonne réponse pour sa prévention

Q. Durand-Moreau, J-D. Dewitte La Presse Médicale, 2015, vol.44, n°12, pp 1215-1218. Bibliographie
Le burnout est souvent réduit aux trois dimensions du Maslach Burnout Inventory (dépersonnalisation, baisse de l’accomplissement professionnel, épuisement émotionnel). Il s’agit d’un concept distinct du stress, de la dépression et de l’insatisfaction au travail sans qu’il y ait de frontières nettes entre tous ces termes. Il s’agit dès lors d’une situation de souffrance vécue par le salarié, qu’il met en lien avec le travail.
Si le burnout faisait l’objet d’un tableau de maladie professionnelle, que faudrait-il inscrire dans la colonne "liste indicative ou limitative des travaux" ? Nul doute que la mention "travail stressant" ne donne lieu à des contestations multiples et variées. Une idée pourrait être celle de reprendre les facteurs de risques psychosociaux que sont : demande psychologique, latitude décisionnelle ou déséquilibre effort-récompense.
Mais la souffrance psychique ne naît pas simplement de l’irrespect d’une check-list de ce que serait la description d’un monde idéal au travail. Ce n’est pas tant la quantité de travail qui génère une pathologie que les caractéristiques de l’activité et seule une analyse fine des conditions de travail peut permettre de mettre en lien la santé et l’activité professionnelle.
Certaines pathologies psychiques liées à l’activité professionnelle peuvent déjà être prises en compte au titre de l’accident du travail ou au titre de maladies professionnelles et "la logique de réparation implique l’indemnisation dès lors que le lien avec l’activité professionnelle est considéré comme direct et essentiel et non pas nécessairement exclusif".
La demande de création d’un tableau des maladies professionnelles concernant le burnout répond à une préoccupation sociétale croissante pour les questions de souffrance ou de bien-être au travail. Elle relève plus du symbole que d’une perspective opérante de prévention en milieu de travail. Il n’est que de regarder l’expérience des troubles musculo-squelettiques qui montre que la réparation n’induit pas automatiquement la prévention ; et c’est pourtant sur ce dernier point que les efforts devraient se concentrer.
(publié le 29 février 2016)