Les multi-expositions rendent sourd

P. Campo Le Concours Médical, 2014, vol.136, n°2, pp. 144-146

Certaines substances chimiques utilisées professionnellement ou à but thérapeutique sont susceptibles de provoquer seules des surdités, ou de potentialiser les effets du bruit sur l’audition.
Une oreille exposée à un agent chimique pourrait se révéler plus vulnérable à une agression sonore qu’une oreille exposée uniquement au bruit. Il convient d’être prudent dans la mesure où les valeurs limites moyennes d’exposition au bruit ont été établies pour des sujets sains n’ayant pas de fragilité particulière à l’oreille interne.
Les agents ototoxiques professionnels sont :

  • certains solvants aromatiques très volatils, toxiques par inhalation. Ils entrent dans la composition des peintures, vernis, encres et agents dégraisssants ;
  • Le monoxyde de carbone et l’acide cyanhydrique n’engendrent pas de perte auditive par eux-mêmes mais potentialisent les effets du bruit.

Sont aussi à prendre en compte les agents ototoxiques extraprofessionnels. Il en est ainsi de :

  • certains antibiotiques, notamment les aminoglycosidiques (AA) qui peuvent persister jusqu’à trois mois dans les liquides de l’oreille interne ; ce qui fait qu’une co-exposition " bruit + AA" n’est pas improbable. Ils engendrent des pertes auditives dans les fréquences élevées ;
  • trois diurétiques (furosémide, acide éthacrynique, bumétanide) qui provoquent une baisse de l’acuité auditive en perturbant les équilibres ioniques existant entre le sang et les liquides de l’oreille interne ; s’ils ne potentialisent pas les effets du bruit, en revanche, ils potentialisent les effets ototoxiques des AA ;
  • les salicylates (dont l’aspirine), qui aux concentrations sériques de 100 à 150 mg/l (correspondant aux doses thérapeutiques) produisent des effets auditifs temporaires, entraînent des acouphènes à des concentrations atteignant 196mg/l ;
  • les antitumoraux (le cisplatine ou le carboplatine) sont ototoxiques et leur demi-vie est de plusieurs semaines.

Si la législation impose des contrôles auditifs réguliers des travailleurs exposés au bruit, il n’en est rien en ce qui concerne les travailleurs exposés à des produits ototoxiques. Si une surveillance audiométrique devrait être recommandée, il faudrait aller même au-delà d’une audiométrie tonale liminaire en incluant les produits de distorsion acoustique, l’évaluation des baisses de performance en communication, l’étude des seuils du réflexe de l’oreille moyenne.
La prévention impose des questionnaires relatifs aux traitements reçus par les personnels exposés au bruit et relatifs aux expositions aux produits chimiques.
"Chaque retour de maladie devrait se solder par une information des salariés convalescents relative aux risques encourus après traitements médicaux".

(publié le 2 avril 2014)