Moteurs et freins à la reconnaissance en maladie professionnelle des patients atteints de cancers bronchiques : une étude psychosociale

M. Britel, O. Pérol, S. Blois Da Conceiçao, M. Ficty, H. Brunet, V. Avrillon, B. Charbotel, B. R Fervers Santé Publique, 2017, vol.29, n°4, pp.569-578. Bibliographie

Depuis 2009, le Centre Léon Bernard (CLB-Lyon) a mis en place une consultation "cancers professionnels" visant à améliorer le repérage des expositions professionnelles des patients atteints de cancer et la déclaration en maladie professionnelle (DMP).
Un auto-questionnaire de repérage des expositions professionnelles est systématiquement adressé aux patients atteints d’un cancer broncho-pulmonaire (CBP). Ils doivent indiquer s’ils pensent avoir été exposés professionnellement à des cancérogènes pulmonaires. L’étude, qui a été proposée aux patients vus en hôpital de jour, avait pour objectif de mieux prendre en compte les freins et les motivations associés à l’engagement dans une déclaration de maladie professionnelle.
Huit entretiens ont été réalisés auprès de patients âgés de 41 à 78 ans : deux ont obtenu une reconnaissance en maladie professionnelle, quatre ont interrompu la procédure, et deux n’ont pas souhaité s’engager dans la recherche d’une éventuelle origine professionnelle de leur maladie.

Au terme de ces entretiens, il apparaît que
Les motivations à la déclaration de maladie professionnelle sont

  • l’obtention d’une compensation financière avec l’idée d’assurer une sécurité financière à leurs enfants face à un avenir incertain (actuellement le montant moyen d’indemnisation par le FIVA, fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante est de 152 k€ pour les CBP) ;
  • l’implication des professionnels de santé et des assistantes sociales, tant vis-à-vis de l’information et de l’accompagnement, notamment face aux démarches administratives complexes.

Les freins à la déclaration sont

  • un conflit de loyauté envers l’employeur qui leur a fourni un travail qui a constitué le cœur de leur vie (il serait bien ingrat à leurs yeux de mettre en cause l’entreprise à laquelle ils restent profondément attachés et il leur est difficile d’admettre que leur travail est la cause de leur maladie) ;
  • une attribution de leur CBP à autre chose que les polluants professionnels, mais plutôt à leurs habitudes tabagiques, à une autre maladie intercurrente, découverte récemment ou un choc émotionnel majeur (décès d’un enfant) ;
  • un manque de connaissances en lien avec la démarche (ils ont peu d’informations sur la signification de la DMP, sur la procédure à suivre, sur les conditions d’acceptation et les enjeux financiers). Ils sont par ailleurs très peu connaissance de leurs expositions professionnelles ;
  • un fardeau supplémentaire à la maladie, face aux contraintes administratives.

Il en ressort le rôle important que doivent jouer les professionnels de santé vis-à-vis de l’information et de l’accompagnement au-delà de la délivrance du certificat médical initial, notamment pour ceux ayant eu plusieurs employeurs et notamment ceux ayant bénéficié de plusieurs régimes.

(publié le 16 novembre 2017)