Prévenir les risques auditifs : une approche globale

B. Pouyatos, P. Campo La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2020, vol.34, n°1037, pp. 312-313. Références

Le nombre de personnes souffrant de déficit auditif en Europe est en constante augmentation.
Le bruit au travail est responsable de 600 maladies professionnelles déclarées chaque année mais leur nombre est probablement sous-estimé en raison selon les auteurs, de la complexité des démarches à effectuer et du caractère trop restrictif des critères requis.
L’atteinte auditive provoquée par les bruits dépassant 85 dB (A) de manière régulière est une hypoacousie de perception par lésion cochléaire irréversible, accompagnée ou non d’acouphènes.
Le risque est important pour l’enfant à naître à partir du 6e mois de grossesse des femmes exposées au bruit (l’environnement liquidien pouvant amplifier les basses fréquences, les plus traumatisantes pour l’oreille en développement).

L’oreille fatiguée a besoin de repos. Les pauses dans des zones calmes et le repos à domicile sont des phases de récupération nécessaires. Si ces moments calmes sont remplacés par des activités de loisir bruyants, le déficit auditif discret et réversible peut devenir définitif.

Il n’y pas pas que le bruit qui soit toxique pour l’oreille. Des expositions chroniques aux solvants et aux métaux lourds, à des doses proches des limites réglementaires entraînent des pertes auditives progressives. Certains gaz asphyxiants, monoxyde de carbone ou cyanure d’hydrogène se révèlent toxiques pour la cochlée lorsqu’ils sont associés au bruit. Mais actuellement aucune recommandation n’existe pour les substances chimiques.
Il faut encore ajouter certains médicaments : diurétiques, antibiotiques, quinine, anticancéreux à base de platine, salicylates qui augment la vulnérabilité vis-à-vis de la cochlée. Il en est ainsi du cisplatine largement utilisé, qui peut demeurer plusieurs années dans les liquides de l’oreille interne et fragiliser la cochlée. Le retour au poste de travail ne devrait se faire sans renfort de la protection auditive lors d’exposition au bruit. Encore faudrait-il que le médecin du travail soit informé de ce traitement. Une coopération médecin du travail/généraliste mériterait d’être plus souvent encouragée.

(publié le 10 juillet 2020)