Réparation et prévention des dermatoses professionnelles

C. Géraut, L. Géraut, C. Longuenesse, D. Tripodi EMC, Encyclopédie Médico-Chirurgicale, Elsevier Masson, Issy-les-Moulineaux, Pathologie professionnelle et de l’environnement, 2017, vol.12, n°1, 16-533-B-10, 10 pp. Bibliographie

Eu égard à la complexité des démarches de réparation des dermatoses professionnelles, ces pathologies sont sous-déclarées au titre des maladies professionnelles. En effet, les procédures sont différentes selon les régimes d’assurance maladie et les statuts des patients.
Si certaines dermatoses peuvent être prises en charge au titre des accidents du travail (brûlures chimiques lors d’expositions accidentelles), sont reconnues maladies d’origine professionnelle, les pathologies désignées dans un Tableau sous réserve du respect de l’ensemble des conditions du Tableau.
La complexité des enjeux impose une collaboration efficace entre médecin traitant, médecin du travail, médecin spécialiste, médecin conseil, médecin des centres de consultation de pathologies professionnelles.
La prévention devient dès lors importante et indispensable.
Elle repose sur la rédaction d’ordonnances de prévention (exigeant la même rigueur que la rédaction d’ordonnances de soins) qui se divisent en deux parties : prévention collective et prévention individuelle.

Dans le cadre de la prévention collective, il convient

  • de cibler les produits agressifs à supprimer, à remplacer ou à inactiver par l’ajout d’un additif ;
  • de veiller à l’existence d’installations sanitaires notamment pour les chantiers mobiles et transitoires ;
  • d’aspirer les fumées et les poussières (ventilation générale, aspirations locales) ;

La prévention individuelle repose sur

  • le port de gants adaptés à la tâche et aux produits manipulés, en respectant les consignes élémentaires (mettre les gants sur des mains propres et sèches, les retirer régulièrement, les changer dès qu’ils sont abîmés, les mettre et les enlever sans toucher leur surface extérieure souvent souillée, se laver les mains après les avoir retirés et utiliser une crème de soins) ;
  • le nettoyage de la peau (avec savons et détergents respectant les normes AFNOR)
  • l’hygiène des vêtements de travail
  • le port de vêtements de protections à usage unique
  • l’utilisation de crèmes de protection, totalement adaptées au milieu de travail et aux gestes professionnels, étalées en couche mince, sur une peau non lésée et renouvelées régulièrement ; soit crèmes actives qui contiennent des chélateurs chargés de neutraliser les allergènes, soit crèmes barrière siliconées ou non ;
  • l’utilisation de crèmes hydratantes, en évitant celles qui contiennent des agents conservateurs, allergisants ou des parfums sensibilisants.
  • l’hygiène post travail : éviter les savons "caustiques", les savons trop basiques, les solvants pour éliminer graisse ou peinture.

"Le pronostic des dermatoses de contact est fonction du respect et de l’efficacité des mesures de prévention secondaire. La profession constitue un facteur pronostique majeur". Sont de mauvais pronostic les métiers de la coiffure et du bâtiment, mais sont de meilleur pronostic, les métiers d’agent d’entretien ou de nettoyage.

La mise en œuvre et l’efficacité des mesures de prévention impliquent la faisabilité et l’efficacité des mesures de prévention, l’assentiment et la compréhension de l’agent, un nombre limité de nuisances en cause, la faisabilité de l’éviction ou de la substitution des substances en cause.

La prévention des dermatoses est efficace. Il convient d’en faire prendre conscience aux intéressés, afin de diminuer le coût humain et économique de la réparation.

(publié le 5 mai 2017)