Allergie et cacao : tests immunologiques et échantillonnage atmosphérique dans une usine de transformation de fèves de cacao en Côte d’Ivoire

S-B. Wognin, A-F. Tchicaya, Y-M. Kouassi, S. Koffi-Oura, J-S. Bonny, B. Nemery Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2014, vol.75, n°1, pp.53-58. Références
Une étude transversale a été conduite de mars 2010 à janvier 2011 dans une usine de transformation de fèves de cacao en produits intermédiaires. Différentes étapes de cette transformation exposent à de fortes teneurs en poussières mixtes.
L’étude a porté sur 50 sujets jeunes (50% avaient moins de 30 ans) avec 13 années d’activité pour les plus anciens et une proportion de fumeurs de 8%. 35 étaient exposés aux poussières mixes dites poussières de cacao ; 15 étaient des administratifs a priori non exposés.
L’étude comportait un questionnaire renseignant les antécédents médicaux et l’exposition des sujets participant à l’étude, une évaluation du niveau de poussières dans l’environnement de travail et la réalisation de tests cutanés (utilisant 6 allergènes commerciaux et des extraits à 0,1% de tourteaux de cacao provenant de l’usine) et d’un prélèvement sanguin à fin de dosage des immunoglobulines E (IgE) totales et spécifiques du cacao.
L’échantillonnage atmosphérique a relevé des concentrations en poussières inhalées variant de 3,4 à 83,1 mg/m3 dans les ateliers et des rhinites et des conjonctivites ont été rapportées par au moins 28% des sujets. 1 cas d’allergie au cacao avec un taux spécifique d’IgE a été identifié parmi les sujets non exposés et un cas de positivité aux extraits de tourteau de cacao a été observé uniquement dans le groupe des exposés.
Il est à noter une discordance entre le dosage des IgE spécifiques et les données du prick-test.
Cette étude (limitée à un nombre réduit de sujets) semble indiquer que l’industrie de première transformation du cacao ne soit pas inductrice d’allergie. Toutefois, l’allergie au cacao existe bien puisqu’un sujet témoin avait des IgE positives pour le cacao ; mais il est possible qu’en raison de "l’effet travailleur sain", les sujets les plus sensibilisés aient quitté rapidement l’entreprise. Ces résultats doivent être confirmés par des études plus larges.
Il est cependant indispensable de mettre tout en œuvre pour réduire l’empoussièrement sur le lieu de travail par des mesures de prévention tant collectives qu’individuelles.
(publié le 6 mai 2014)