Amiante
Un héritage empoisonné

C. Ravallec, A. Bondéelle, J. Lemarié, D. Vaudoux Travail et Sécurité, 2011, n°723, pp.16-35. Bibliographie.
Quinze ans après l’interdiction de son exploitation et de son utilisation en France, l’amiante reste très présent dans les environnements professionnels et domestiques et de nombreux métiers issus du second œuvre ou de la maintenance peuvent y être exposés. En effet, sur 15 millions de logements contenant de l’amiante en France, seuls 500 000 ont été désamiantés depuis 1996 et souvent partiellement. Cela revient à dire qu’un matériau amianté peut se rencontrer dans tout type d’intervention dans le BTP. C’est au total plus de 2 millions de salariés qui sont potentiellement exposés quotidiennement dont la moitié dans les métiers de BTP ; les plus concernés étant les plombiers-tuyauteurs, les électriciens, les maçons, les couvreurs et les peintres.
Hélas, les bonnes pratiques sur les chantiers ne sont pas toujours respectées et des erreurs grossières sont souvent constatées. Les chantiers de réhabilitation et de démolition sont plus à risque que les chantiers de désamiantage ; le décalage entre le travail prescrit et le travail réel est flagrant. De plus, il n’existe pas de formation complètement aboutie pour les opérateurs et rares sont ceux sortant de formation, directement opérationnels.
Cette problématique amiante ne doit pas occulter les autres risques et l’évaluation du risque amiante doit s’insérer dans une évaluation globale du risque (électrisation, chute de hauteur, risque chimique).
En 2009, l’Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail), a recommandé d’abaisser la valeur limite des fibres d’amiante à une concentration de 10 fibres/litre, puis de modifier la méthode d’analyse en adoptant la microscopie électronique à transmission analytique (META) afin de différencier les fibres d’amiante des autres fibres et d’intégrer les fibres les plus fines non visibles en microscopie optique à contraste de phase, méthode qui était utilisée jusqu’à présent.
Au terme d’une étude permettant d’analyser 265 résultats, l’INRS a observé des concentrations inattendues d’empoussièrement en fibres, notamment lors des retraits de plâtres amiantés, de flocages et de peintures ou enduits.
L’article propose un certain nombre d’exemples de réhabilitation et de modernisation concernant un hôpital, des wagons SNCF, des chantiers routiers, un IGH maintenu en activité, des interventions ponctuelles dans des logements sur des matériaux légèrement dégradés ou sur des ascenseurs. Ces témoignages ont pour objectif de proposer des procédures d’intervention et des modes opératoires efficaces générant le moins de poussières possibles.
Mais qu’en est-il à l’international ? Dans les 27 pays de l’Union européenne, l’amiante est interdit de même qu’en Islande, Norvège, Suisse et Turquie. En Asie, 12 États ont adopté la même position ainsi que 6 pays d’Afrique. En Amérique du Sud : l ’Argentine, le Chili, le Honduras et l’Uruguay ont pris la même décision. Au Brésil, seuls 4 États ont banni l’amiante. Aux États-Unis, l’amiante n’est pratiquement plus utilisé mais son interdiction juridique n’est pas effective. Le Canada reste le mouton noir, à la fois producteur et exportateur aux côtés de la Russie (grand pays exportateur avec 720 000 tonnes par an). La Chine produit 380 000 tonnes par an mais en consomme 560 000 tonnes. Et ces pays ne semblent pas vouloir changer leurs réglementations en matière d’amiante.
(publié le 12 avril 2012)