Amiante et pathologie respiratoire

A. Scherpereel La Presse Médicale, vol.45, n°1, pp. 117-132. Bibliographie

Les nombreuses propriétés physiques et chimiques des fibres d’amiante ont conduit à un usage intensif pendant plus de 130 ans et plusieurs milliers de produits à utilisation industrielle ou domestique ont été fabriqués dans de multiples secteurs. La consommation d’amiante en France a été à son plus haut niveau entre 1973 et 1975.
Interdit en France en 1997, c’est l’intervention sur les matériaux en place contenant de l’amiante qui constitue la préoccupation majeure, en particulier chez tous les professionnels du bâtiment.

Les fibres d’amiante de par leur extrême finesse peuvent atteindre la région alvéolaire et sont responsables d’un effet fibrosant et d’un effet cancérogène atteignant le poumon et la plèvre, au niveau de la plèvre pariétale et de l’interstitium pulmonaire avec développement d’une fibrose pleurale localisée ou diffuse et d’une fibrose interstitielle diffuse (asbestose).

Les pathologies sont divisées classiquement en

  • Pathologies non cancéreuses, dite "bénignes"
    • fibrose pulmonaire interstitielle diffuse ou asbestose, surtout marquée aux 2/3 inférieurs des champs pulmonaires, induite par une exposition professionnelle importante, débutant entre 5 et 44 ans après le début de l’exposition (mais le plus souvent entre 12 et 20 ans), se manifestant par une dyspnée d’effort parfois accompagnée de toux, de râles crépitants et d’un hippocratisme digital.
      Le diagnostic se fait par scanner et lavage broncho-alvéolaire, éventuellement biopsie pulmonaire.
      C’est une affection rarement mortelle ou invalidante, restant souvent stable (54-95% des cas) ou évoluant lentement vers une insuffisance respiratoire chronique mais pouvant aussi se compliquer de pathologies cancéreuses.
    • pleurésies exsudatives (survenant parfois dans un délai court après exposition) régressant spontanément mais pouvant récidiver et induire des séquelles à type d’épaississements pleuraux voire de fibrose pleurale diffuse (pachypleurite).
    • plaques pleurales (les anomalies les plus fréquentes), en lien avec une réaction inflammatoire secondaire à l’accumulation des fibres d’amiante, survenant après au moins 15 ans d’exposition et pour des doses cumulées parfois faibles.
    • atélectasie par enroulement : opacité dense arrondie, ressemblant à une tumeur ; d’évolution généralement bénigne, elle s’accompagne d’un risque accru de cancer bronchique primitif, voire de mésothéliome pleural malin.
  • Pathologies cancéreuses
    • cancer bronchique primitif (CBP) de mauvais pronostic (15% de survie à 5 ans) avec risque amplifié en cas d’exposition au tabac.
    • mésothéliome pleural malin (MPM) : tumeur agressive touchant la plèvre, parfois le péritoine et rarement le péricarde.
      Le tableau est celui d’une pleurésie avec dyspnée associée ou non à des douleurs thoraciques.
    • autres cancers : du larynx, de l’ovaire, et peut être de cancers digestifs (estomac et colorectal).

Les affections professionnelles consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante sont réparées au titre des tableaux de maladies professionnelles n°30 et 30 bis du régime général et tableaux n°47 et 47 bis du Régime agricole .

Le risque d’exposition professionnelle va persister encore longtemps et principalement pour les travailleurs du bâtiment en raison de l’utilisation large de ce matériau avant 1997.

(publié le 25 avril 2016)