Cataracte et rayonnements ionisants

S. Wassilieff Radioprotection, 2009, vol.44, n°4, p.505-517. Bibliographie
La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) considère la cataracte radio-induite comme un effet déterministe des rayonnements ionisants, c’est-à-dire comme un dommage tissulaire direct, de gravité proportionnelle à la dose reçue et n’apparaissant qu’à partir d’un certain taux de cellules tuées ou gravement altérées fonctionnellement.
L’ordre de grandeur du seuil de la cataracte radio-induite est estimé à ce jour à environ 2 Grays et, selon le Code du travail, "un travailleur est considéré comme exposé au risque dans la mesure où il est susceptible de recevoir une dose équivalente au cristallin supérieure à 15 mSv par an".
Des études récentes portant sur les survivants des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, des cosmonautes, des "liquidateurs " de Tchernobyl, des patients ayant bénéficié d’un scanner de l’encéphale ou des électromanipulateurs en radiologie médicale ainsi que des expérimentations animales permettent de conclure que les seuils d’apparition des pathologies sont nettement inférieurs à ceux retenus jusqu’à présent.
De plus, le caractère déterministe des cataractes radio-induites pourrait être remis en question dans la mesure où l’existence d’un seuil n’est plus tout à fait certaine et l’importance des atteintes génomiques des cellules de l’épithélium antérieur semble prépondérante par rapport aux atteintes cellulaires directes. On voit donc que la cataracte radio-induite possède à la fois certaines spécificités des effets déterministes et certaines spécificités des effets stochastiques.
Ces éléments sont de nature à faire reconsidérer la stratégie actuelle de la prévention du risque cataracte. Non seulement, cette pathologie doit être considérée comme plus fréquente qu’on ne le pensait, mais les seuils d’apparition prévisible méritent probablement d’être réévalués et la protection des populations exposées, renforcée.
(publié le 17 mars 2010)