Tumeurs pleuro-pulmonaires professionnelles

P. Andujar, J-C. Pairon, M.Matrat, J. Ameille La Revue du Praticien, Médecine générale, 2012, vol.26, n°877, pp.199-204. Bibliographie.

Les cancers thoraciques sont les plus fréquents des cancers professionnels. Il s’agit du mésothéliome pleural et des cancers bronchopulmonaires (CBP).
Le mésothéliome pleural est le plus souvent révélé par une pleurésie. La thoracoscopie offre la possibilité de réaliser des biopsies pleurales multiples qui permettront de déterminer la forme histologique (épithélioïde, sarcomatoïde, desmoplastique ou biphasique).
Le scanner montre un épaississement pleural avec atteinte des scissures.
L’image par résonance magnétique permet de préciser l’extension.
L’analyse du liquide pleural est décevante.
La cause principale en est l’amiante et le mésothéliome peut survenir après une exposition cumulée de niveau faible. D’autres étiologies sont établies ou suspectées comme l’érionite ou la fluoro-édénite (deux fibres minérales naturelles), les radiations ionisantes, les fibres céramiques réfractaires.

En ce qui concerne le cancer bronchopulmonaire, la fraction attribuable à une cause professionnelle a été évaluée à 12,5% chez l’homme et 6,5% chez la femme. Les principales étiologies professionnelles sont :

  • l’amiante : le risque s’accroît avec l’exposition cumulée mais la présence de plaques pleurales ne constitue pas un sur-risque ; cependant le risque paraît multiplié par 2 pour des expositions cumulées plus faibles ;
  • la silice cristalline avec des excès de CBP principalement chez des sujets atteints de silicose ;
  • les hydrocarbures aromatiques polycycliques et notamment la fabrication de gaz par distillation de houille, la production de coke, la pose d’enrobés routiers et les travaux d’étanchéité avec des brais et goudrons de houille, la production d’aluminium utilisant le procédé Södeberg ;
  • le cadmium notamment en cas d’exposition conjointe à des dérivés du cadmium et de l’arsenic ;
  • plus rarement, l’arsenic, le béryllium, les chlorométhyléthers, certains dérivés du chrome et du nickel et les poussières de cobalt et de carbure de tungstène.

En ce qui concerne l’amiante, les principaux éléments d’imputabilité sont :

  • l’histoire professionnelle comportant une exposition cumulée élevée avec une chronologie compatible,
  • un niveau de rétention pulmonaire élevé d’amiante, (objectivé par une analyse biométrologique pour quantifier les corps asbestosiques en microscopie optique dans le liquide de lavage broncho-alvéloaire ou le poumon),
  • une fibrose pulmonaire ou des plaques pleurales histologiques ou radiologiques.

Pour ce qui est des autres agents étiologiques, une démarche équivalente doit être suivie et pour les sujets exposés à la silice cristalline, il faut rechercher une silicose radiologique ou histologique exigée pour la reconnaissance en maladie professionnelle.

Dans le cas de l’amiante, la surveillance médicale comporte un scanner thoracique selon des modalités variables en fonction du niveau d’exposition cumulée.

Le nombre de cas de cancers thoraciques indemnisés en maladie professionnelle en France s’est accru en 10 ans mais le chiffre est largement sous-estimé. Cliniciens et patients peuvent trouver une aide auprès des consultations de pathologies professionnelles présentes dans la plupart des centres hospitaliers universitaires.

Pour les cancers liés à l’amiante, les patients ont droit à une indemnisation par le FIVA (fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante) et en cas de maladie professionnelle reconnue, les salariés du secteur privé encore en activité et âgés de plus de 50 ans peuvent demander à bénéficier de l’allocation de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante.

(publié le 9 mai 2012)