Bruits impulsionnels, un danger mal connu ?

J. Terroir Références en Santé au Travail, 2020, n°161, pp. 89-96. Bibliographie
Les "bruits impulsionnels" ou "bruits de choc" surviennent trés brutalement et sont très énergétiques. Ils concernent un grand nombre de secteurs professionnels. Leur durée est très courte et leur dangerosité est directement liée à leur niveau élevé, mais aussi à leur récurrence (travaux de martelage par exemple) et à leur large étalement en fréquence. Lorsqu’il s’agit de grandes sources (tir d’un canon), les sons contiennent beaucoup de basses fréquences.
La définition de ces bruits reste encore très imprécise ("émergence de niveau sur une durée courte non précisée" pour la norme ISO 1996-2 ou "brusque changement de pression acoustique consistant en un évènement unique ou une série irrégulière d’impulsions" pour la NF EN 458 (2016). Aujourd’hui, les niveaux crêtes sont les seuls critères d’estimation des risques auditifs dus aux bruits impulsionnels. On considère donc le niveau d’énergie comme indicateur unique des risques potentiels de dommages pour l’audition, sans considération des autres propriétés sonores (distribution temporelle, temps de montée ou distribution spectrale).
Les limites réglementaires d’exposition sont donc basées sur le même principe d’équivalence énergétique que ce soit pour les bruits impulsionnels ou pour les bruits continus. Or, l’exposition à des bruits impulsionnels de niveaux élevés engendre des pertes plus importantes ou apparaissant plus rapidement que chez les travailleurs soumis à un bruit continu de façon équivalente. Des pertes permanentes peuvent aussi apparaitre à la suite de traumatismes sonores aigus.
La nocivité de ces bruits peut "s’expliquer" par l’opposition entre leur rapidité et la latence du mécanisme de protection de l’oreille moyenne : le réflexe stapédien (contraction involontaire des muscles de l’oreille moyenne pour atténuer les niveaux sonores transmis à l’oreille interne), dont le seuil est à environ 80 dB pour une protection d’environ 10 dB ; tout en sachant que ce réflexe peut être altéré par des agents chimiques.
Par ailleurs, la mesure des bruits impulsionnels est très difficile avec les appareils habituels et "une évaluation fine nécessitera de faire appel à des spécialistes disposant de l’équipement adéquat".
La prévention repose sur des mesures collectives . Si elles sont insuffisantes, le port de protection individuelle contre le bruit est indispensable, mais sans savoir si leur efficacité, testée pour les bruits continus, est similaire pour les bruits impulsionnels.
Si les dommages potentiels ne sont pas forcément complètement éliminés par le port de protections, il est néanmoins indispensable de porter un protecteur (simple ou double).
Les environnements les plus problématiques restent les environnements peu bruyants et pour lesquels des bruits impulsionnels peuvent apparaître de façon impromptue. Il peut être institué un port préventif de protecteurs en fonction du type d’activité et des besoins de communication avec l’extérieur.
(publié le 15 mai 2020)