Cristallin et rayonnements ionisants

A. Bourdieu Références en Santé au Travail, 2018, n°155, pp. 115-125. Bibliographie

La cataracte est considérée comme un effet déterministe des rayonnements ionisants (RI), c’est à dire dépendant de la dose cumulée et sans lien avec le débit de dose. Une valeur de dose cumulée de 9,5 Gray (Gy) sur la vie entière a été proposée.
Suite à la transposition de la directive EURATOM 2013/59 dans le code du Travail (décret du 4 juin 2018), la valeur limite d’exposition (VLE) professionnelle est abaissée à 20 millisieverts sur 12 mois consécutifs pour le cristallin.
De nombreux secteurs d’activité sont concernés : secteur de la santé, médecine dentaire, vétérinaire, recherche, industrie nucléaire de base, radiographie industrielle, secteur aéronautique et spatial.
D’après les données de suivi de l’exposition professionnelle en France en 2016, la VLE de 20 mSv a été dépassée par un professionnel du secteur médical sur 4 431 travailleurs suivis pour la dose équivalente au cristallin, mais aucun dépassement de dose n’a été rapporté dans les autres secteurs d’activité.
La prévention repose sur une démarche d’évaluation individuelle de l’exposition aux RI, sous la responsabilité de l’employeur, mais la dose équivalente au cristallin n’est pas directement mesurable. Diverses méthodes d’évaluation existent. L’accent sera mis sur une conduite à tenir simplifiée et sera fonction des informations et du matériel à disposition.

La protection sera d’abord collective :

  • choix des procédés et des équipements les moins émissifs
  • agencement pertinent des lieux et postes de travail
  • organisation du travail réfléchie
  • application de mesures d’ordre technique
  • maintenance et vérifications réglementaires.

Elle sera ensuite individuelle :

  • formation et information du personnel incluant des entraînements spécifiques
  • lunettes plombées et visières en acrylique d’épaisseur équivalente en plomb de 0,1 mm.

Les salariés exposés bénéficient d’un suivi individuel renforcé (SIR).
La cataracte peut être déclarée en maladie professionnelle (tableau n°6 du Régime Général et n°20 du Régime Agricole).

En cas d’accident (irradiation externe), il n’y a pas de traitement d’urgence à mettre en œuvre mais il y a lieu de déclarer l’accident, de le tracer, d’analyser les causes et de mettre en œuvre d’éventuelles mesures correctives.
En cas de projection oculaire de produits

  • intervention médicale : lavage en urgence à l’eau et au sérum physiologique et contrôle de l’efficacité de la décontamination ; évaluation du risque de transfert interne, information du médecin du travail et détermination d’un suivi ;
  • intervention sur les locaux : mise en place d’un périmètre de sécurité, décontamination, évacuation des déchets ;
  • démarches administratives : déclaration en accident du travail, analyse des causes, mise en place de mesures correctives, rappel de l’information aux travailleurs et nouvelle sensibilisation au port des EPI).
(publié le 31 octobre 2018)