Maladies respiratoires non malignes liées à l’inhalation d’amiante : définition, surveillance, indemnisation

T. Despreaux, B. Clin-Godard, D. Mompoint, H. Prigent, A. Descatha Encyclopédie Médico-Chirurgicale, EMC, Elsevier Masson SAS, Issy-les-Moulineaux, Pathologie professionnelle et de l’environnement, 2016, vol.11, n°4, 16-002-A-14, 14 p. Bibliographie

Le terme d’asbestose doit être réservé à la fibrose pulmonaire induite par inhalation d’amiante. Initialement localisée aux bifurcations bronchiolaires périphériques, la fibrose peut s’étendre progressivement à l’ensemble de l’interstitium pulmonaire.
Une durée de latence d’environ 20 ans après l’exposition est habituelle. L’existence d’une relation dose-réponse a été clairement démontrée. La longueur des fibres et la variété amphibole apparaissent comme des facteurs de plus grande fibrogénicité. Il existe des facteurs de susceptibilité individuelle encore mal connus.
Du fait du renforcement des mesures de prévention, la fréquence et la gravité de l’asbestose diminue mais il faut rester vigilant car tout défaut de prévention lors du retrait de l’amiante en place dans les bâtiments est une situation à risque.
Les signes radiologiques de l’asbestose précèdent l’apparition des symptômes. Ils sont peu spécifiques : opacités interstitielles irrégulières, plutôt linéaires accentuant la trame vasculaire pulmonaire, prédominant aux bases. La tomodensitométrie en coupes fines est plus sensible que la radiographie thoracique mais les signes restent peu spécifiques avec un aspect proche de la pneumonie interstitielle commune.
Dans les formes évoluées, la fonction respiratoire est altérée avec réduction de la capacité pulmonaire totale.
Enfin, on constate un risque particulièrement élevé de cancer broncho-pulmonaire chez les sujets atteints d’asbestose.

Les maladies pleurales bénignes liées à l’amiante sont beaucoup plus fréquentes que l’asbestose.
Il peut s’agir de plaques pleurales ou d’atteinte de la plèvre viscérale.
Les plaques pleurales varient considérablement en fonction des caractéristiques de l’exposition, du temps écoulé par rapport au début de l’exposition et des outils diagnostiques utilisés. Elles correspondent à des cicatrices. Elles résultent d’expositions professionnelles certes, mais aussi d’expositions para-professionnelles ou environnementales. Il existe une relation dose-effet et une relation temps-effet (l’incidence des plaques pleurales augmente avec le temps écoulé depuis le début de l’exposition à l’amiante). Il existe aussi une relation avec la fumée de tabac.
La tomodensitométrie thoracique est l’examen de référence pour la détection des plaques pleurales. Il est habituellement considéré que les plaques pleurales sont un marqueur d’exposition à l’amiante et qu’elles ont peu de retentissement sur la fonction respiratoire. Même si elles ne connaissent pas de dégénérescence maligne, des études récentes ont montré un risque majoré de mésothéliome et de cancer bronchopulmonaire chez ceux qui en sont porteurs.

Les pleurésies bénignes sont habituellement de faible abondance, peu ou pas symptomatiques et spontanément régressives. Le temps de latence est de l’ordre de 30 ans, parfois moins.

Les fibroses de la plèvre viscérale sont beaucoup plus fréquentes que les plaques pleurales. Elles s’accompagnent d’une symphyse secondaire des deux feuillets pleuraux et sont souvent confondues avec les plaques pleurales. Elles sont responsables de douleurs thoraciques et d’une diminution des volumes pulmonaires.

Les personnes ayant été exposées professionnellement à l’amiante (ou qui sont encore en activité professionnelle) doivent être informées des risques et pouvoir bénéficier d’un suivi post-professionnel. Il est proposé un scanner thoracique sans injection de produit de contraste. Si le scanner est normal, le suivant sera proposé tous les 5 ans en cas d’exposition forte et tous les 10 ans en cas d’exposition intermédiaire.
Ces maladies liées à l’exposition à l’amiante ont un fort impact psychologique (augmentation de l’anxiété et de la détresse psychologique liée au dépistage et à la peur du cancer).

La réparation se fait au titre du tableau 30 des maladies professionnelles du régime général de la Sécurité sociale et du tableau 47 du régime agricole. Pour être indemnisé, les durées minimales d’exposition sont variables selon la pathologie. Si la durée minimale d’exposition et le délai de prise en charge ne sont pas respectés, les maladies bénignes de l’amiante peuvent être indemnisées sous réserve qu’un Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles se prononce positivement sur l’existence d’un lien direct entre l’exposition professionnelle à l’amiante et la maladie.

Les soins sont pris en charge à 100% mais seules les séquelles fonctionnelles sont indemnisées. Mais en cas de plaques pleurales sans retentissement fonctionnel identifiable, il est généralement accordé un taux d’IPP de 5%.
La reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur par le Tribunal des affaires de Sécurité sociale permet une indemnisation complémentaire des préjudices.
Parallèlement, existe le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA), pour gérer un dispositif d’indemnisation alternatif à la voie contentieuse, visant à la réparation intégrale des préjudices subis par l’ensemble des victimes de l’amiante, que l’origine de leur affection soit professionnelle ou non.

Un dispositif de cessation anticipée d’activité a été créé afin d’accorder une période de retraite plus longue à certains salariés dont l’espérance de vie est potentiellement réduite par leur exposition à l’amiante. L’allocation de cessation anticipée des travailleurs de l’amiante ou ACAATA peut être obtenue à partir de l’âge de 50 ans.

(publié le 15 décembre 2016)