Programme national de surveillance du mésothéliome pleural (PNSM) : vingt années de surveillance des cas, de leurs expositions et de leur reconnaissance médico-sociale (France, 1998-2017)

A. Gilg Soit Ilg, S. Ducamp, D. Grange, S. Audignon, C. Gramond, S. Chamming’s, N. Le Stang, C. Frenay, F. Galateau-Sallé, J-C. Pairon, P. Astoul, P.Brochard, L. Chérié-Challine Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, BEH, 2020, n°12, pp.234-243. Références

Après 20 années de fonctionnement, le PNSM a permis de dresser un bilan essentiel de l’évolution de la situation épidémiologique des mésothéliomes pleuraux malins en France en termes d’incidence, de survie, d’expositions des patients atteints et de leur recours aux dispositifs d’indemnisation médico-sociale.

Dana les 21 départements concernés par le programme, l’incidence du mésothéliome pleural malin continue à augmenter en France (1 100 nouveaux cas annuels en 2015-2016) et cette augmentation est encore plus marquée chez les femmes avec un doublement du nombre de nouveaux cas annuel depuis 1998. Par ailleurs, on note une grande hétérogénéité géographique de l’incidence.

La certification anatomopathologique du diagnostic a très nettement progressé depuis 1998, passant de 74% sur la période 1998-2002 à 90% sur la période 2013-2017, en raison de l’amélioration de la connaissance et des pratiques de diagnostic de cette maladie.
Ce phénomène est plus prononcé chez les femmes, en particulier âgées, ce qui corrobore l’hypothèse avancée d’un sous-diagnostic des mésothéliomes de la plèvre chez les femmes à la fin des années 1990.
Plus de 90% des hommes ont été exposés professionnellement à l’amiante au cours de leur carrière. Cette proportion reste stable depuis 1998, avec toutefois un déplacement de la problématique « amiante professionnelle » des métiers d’utilisation et de transformation de l’amiante vers les métiers d’intervention sur des matériaux contenant de l’amiante (secteur du BTP, désamiantage…).
Chez les femmes, la part des expositions professionnelles à l’amiante reste faible (environ 40%) et 35% d’entre elles ont été exposées en dehors du travail. Il s’agit le plus souvent d’expositions via le fait de résider avec des conjoints ou parents exposés professionnellement (20,7%), d’expositions domestiques ou via le bricolage. Pour 25% des femmes, on ne retrouve aucune de ces expositions et de nombreuses interrogations subsistent concernant les expositions et la survenue de mésothéliome pleural malin chez les femmes.

Le recours aux dispositifs d’indemnisation est encore insuffisant, avec 27% des patients relevant du régime général de Sécurité sociale (RGSS) ne faisant aucune démarche et 53% de ceux hors RGSS n’ayant pas recours au Fiva.
Néanmoins, l’information apportée par les enquêteurs du PNSM auprès des cas sur leurs droits à reconnaissance et indemnisation s’ils ont été exposés professionnellement à l’amiante, semble avoir un impact sur le taux de reconnaissance en Maladie professionnelle (MP et sur la période 2008-2016, le taux de reconnaissance en MP est supérieur dans la zone couverte par le PNSM à celui estimé sur le reste du territoire : 72% vs 60% chez les hommes et 60% vs 50% chez les femmes.

Ces résultats plaident en faveur d’un renforcement nécessaire de la prévention sur le risque « amiante » : actions ciblées dans les secteurs identifiés comme les plus exposés et où la perception du risque est encore faible et sur les jeunes en formation dans ces secteurs, sans oublier les professionnels de santé et la population générale (en raison des risques liés au bricolage, aux expositions extraprofessionnelles et à la gestion des déchets amiantés). _ Il est également essentiel de mettre en place des actions d’information sur les deux dispositifs complémentaires de reconnaissance médico-sociale (maladie professionnelle et Fiva) et les modalités de recours, tant auprès des professionnels de santé que des patients.
Aussi, "la mise en place prochaine du dispositif national de surveillance des mésothéliomes (DNSM) intégrant le PNSM et la DO (déclaration obligatoire) permettra de moderniser et d’optimiser la surveillance de tous les mésothéliomes (plèvre et autres localisations) sur le territoire national, de l’adapter aux nouveaux enjeux (dont les expositions environnementales), de parfaire le dispositif national d’enquêtes d’expositions et de renforcer l’articulation avec les travaux de recherche."

(publié le 12 mai 2020)