Asthme professionnel avec et sans période de latence

C. Lemière, A. Cartier Encyclopédie Médico-Chirurgicale, EMC, Elsevier Masson SAS, Issy-les-Moulineaux, Pathologie professionnelle et de l’environnement, 2016, vol.11, n°3, 16-535-G-20, 10 pp. Bibliographie

17,6% de tous les cas d’asthme survenus à l’âge adulte seraient attribuables à des expositions en milieu de travail. Plus de 400 agents peuvent en être responsables. mais la farine et les isocyanates sont les plus souvent incriminés. Le diagnostic d’asthme doit être confirmé par la démonstration d’une obstruction bronchique réversible par administration d’un bronchodilatateur et la présence d’une hyperréactivité bronchique non spécifique.

L’asthme professionnel (AP) avec période de latence est la forme la plus fréquente.
L’atopie et probablement le tabagisme sont des facteurs prédisposants, mais le risque est surtout lié à l’intensité de l’exposition, notamment lors de concentrations élevées de façon ponctuelle (plus délétères que les concentrations moins élevées et moins fluctuantes). Une fois la sensibilisation allergique acquise, on ne connaît rien des facteurs qui conditionnent le risque de développer un AP.
Les tests les plus spécifiques pour confirmer le diagnostic d’AP demeurent l’exposition contrôlée à l’agent suspect (en laboratoire hospitalier, voire en milieu de travail) et la mesure de l’inflammation bronchique.
Une fois le diagnostic posé, il est important de soustraire le travailleur le plus rapidement possible à l’exposition délétère.
L’asthme en lien avec le travail semblant plus grave et générant plus de coûts indirects que l’asthme non professionnel, il est nécessaire de prévoir une compensation y compris aux séquelles permanentes et le meilleur moment pour fixer une réparation parait être environ deux ans après la fin de exposition. Les sujets atteints d’AP doivent "être considérés comme invalides de façon permanente en ce qui concerne leur capacité à occuper leur emploi où ils étaient exposés à l’agent causal".
La prévention primaire repose sur la diminution de l’exposition par un contrôle de la concentration, associée à une prévention secondaire précoce (tests cutanés d’allergie, périodiques pour détecter une sensibilisation).

L’asthme sans période de latence est induit par les irritants (AAI).
On parle de syndrome d’irritation bronchique (SIB) caractérisé par l’apparition très précoce de symptômes d’asthme dans les heures suivant une exposition unique à d’importantes concentrations d’irritants ou se développant plus ou moins tardivement en fonction du niveau d’agents irritants, après de multiples expositions.
Les symptômes sont des brûlures de la gorge et du nez, des douleurs rétrosternales, de la toux et de la dyspnée. Une hyperréactivité bronchique non spécifique est beaucoup plus fréquente que l’obstruction bronchique et persiste souvent plusieurs années après l’exposition initiale.
Les sujets présentant un AAI semblent pouvoir continuer leur travail antérieur pour autant que leur asthme soit traité de façon appropriée. Ils peuvent présenter néanmoins une aggravation de leurs symptômes lors d’exposition à des agents irritants au travail.

Chez un travailleur présentant un asthme d’apparition récente ou dont l’asthme devient difficile à maîtriser, un asthme professionnel doit être recherché et un diagnostic exact est essentiel à obtenir.

(publié le 29 novembre 2016)