Douleurs liées au travail : les travailleurs les moins qualifiés sont les plus concernés

J.B. Fassier, P. Queneau, A. Muller, D. Peronnet, COEGD (Comité d’organisation des états généraux de la douleur) Le Concours Médical, 2009, n°14, p. 551-552. Bibliographie.
Sont considérées comme douleurs liées au travail (DLT), celles résultant d’un accident du travail (AT) ou d’une maladie professionnelle (MP) ou simplement attribuées par le patient à son travail.
Une enquête a été réalisée dans 14 "structures douleur" pendant deux semaines consécutives entre le 15 septembre et le 15 novembre 2008 et a concerné 110 patients. La prévalence des DLT a été estimée à 7,0 plus ou moins 5,8%. La pathologie à l’origine des douleurs a été reconnue en AT (64 patients), en MP (26 patients) ou alléguée en lien avec le travail (20 patients). Dans 75,5% des cas, il s’agissait de personnes peu qualifiées avec un niveau scolaire inférieur au baccalauréat. 42% étaient entrées dans la vie professionnelle avant 18ans. Les secteurs d’activité professionnelle les plus représentés étaient les secteurs de la santé (16,4%), du bâtiment et travaux publics (11,8%) et de la restauration-hôtellerie-loisirs (10,9%). Les pathologies étaient des rachialgies et radiculalgies (46,3%), des TMS d’autres localisations (42,7%), des syndromes douloureux régionaux complexes de type 1 (23,6%) et des syndromes canalaires (18,2%). Les douleurs existaient depuis plus de 6 mois pour 92,7% des patients et depuis plus d’un an pour 77%. Ces douleurs engendraient un retentissement psychologique important et 33,6% souffraient d’une dépression avérée. Le retentissement sur le travail était aussi très important : près de 20% des patients avaient été licenciés pour inaptitude médicale au travail et pour ceux ayant conservé leur emploi, 90% étaient en arrêt de travail. Seuls 3 patients sur 110 avaient déjà effectué une formation pour changer de métier mais 40,8% ont avoué ne pas souhaiter faire de formation dans cet objectif. Les situations de travail les plus pénibles sont le port de charges (67,7%), la station debout prolongée (54,2%) et les gestes répétitifs (46,9%). Les facteurs aggravants sont la faible latitude décisionnelle au travail, le faible soutien social des collègues ou de la hiérarchie et une faible satisfaction au travail. Du fait qu’il s’agit de douleurs chroniques, il y a nécessité d’une prise en charge pluridisciplinaire qui puisse être assurée dans les structures douleur, les centres de réadaptation ou les réseaux de santé, à la condition de bénéficier des ressources humaines et financières suffisantes. L’objectif principal est l’amélioration des capacités fonctionnelles et la prévention de la désinsertion professionnelle.
(publié le 26 janvier 2010)