Pathologies professionnelles musculo-squelettiques : priorité à la prévention et à la coordination des prises en charge

Y. Roquelaure, B. Fouquet, A. Descatha La Revue du Praticien, 2014, vol.64, n°3, pp. 350-357. Références
Les troubles musculosquelettiques des membres supérieurs (TMS-MS) liés au travail regroupent un ensemble d’affections douloureuses liées à l’hypersollicitation des tissus mous périarticulaires, des membres et du rachis.
En France, ces troubles sont la première cause de maladie professionnelle, avec plus de 43 000 cas indemnisés en 2011 au titre du tableau 57, dont 42% avec séquelles et pour le seul régime général de la Sécurité sociale. Le coût global des TMS-MS pour l’individu et pour la société est considérable.
Il est à craindre que cette "épidémie" de TMS ne continue à se développer dans le contexte actuel de compétition économique, tant dans l’industrie manufacturière que dans les services, et aussi en raison de l’avancée en âge des populations actives.
Il s’agit de maladies multifactorielles faisant intervenir des facteurs de susceptibilité individuelle et des facteurs liés au travail dont le stress et les facteurs psychosociaux. L’organisation du travail joue un rôle majeur, en déterminant non seulement les conditions d’exposition aux facteurs biomécaniques et psychosociaux liés au travail mais aussi les capacités collectives et individuelles pour y faire face ou non.
La prise en charge des travailleurs souffrant de TMS-MS repose sur une évaluation globale de la situation clinique et socioprofessionnelle qui doit identifier les travailleurs dont l’évolution des troubles est rapidement favorable et ceux, peu nombreux, à risque d’incapacité prolongée au travail.
La prise en charge comporte deux volets complémentaires : une prise en charge médicale et une prise en charge professionnelle. Dans les cas difficiles, une action structurée de maintien dans l’emploi est nécessaire reposant sur un travail en réseau où le couple médecin traitant - médecin du travail joue un rôle central (prise en charge thérapeutique optimale et aménagement ergonomique du poste), mais il est aussi très important de coopérer avec les intervenants en prévention des risques professionnels, les assistantes sociales, les ingénieurs conseils des caisses régionales d’assurance maladie.... Ce processus de maintien dans l’emploi doit être initié dès que l’arrêt de travail se prolonge au delà de 4 à 6 semaines par exemple, ou lorsque des restrictions d’aptitude sont à prévoir. L’accompagnement du patient est important lors de la reprise d’activité, qui peut s’avérer difficile physiquement et psychologiquement.
La plupart des TMS-MS sont indemnisables en maladie professionnelle ou dans le cadre du système complémentaire de reconnaissance. Les conditions d’indemnisation des TMS-MS ont récemment évolué pour les salariés relevant du régime général de la Sécurité sociale et les médecins qui établissent le certificat doivent être vigilants notamment en ce qui concerne la désignation des pathologies. Les délais de prise en charge ont été augmentés pour les pathologies de l’épaule et du coude.
La prévention des TMS sera primaire (limiter en priorité l’incidence des TMS par réduction des risques à la source), secondaire (faire en sorte que les TMS ne s’aggravent pas ou ne récidivent pas, par des actions de dépistage précoce et une prise en charge adaptée) et tertiaire (faciliter la poursuite de l’activité professionnelle et le maintien durable dans l’emploi).
(publié le 25 septembre 2014)