Troubles musculo-squelettiques liés au travail

Y. Roquelaure, J. Bodin, A. Descatha, A. Petit La Revue du Praticien, 2018, vol. 68, n°1, pp. 84-90. Références

Cet article propose une excellente synthèse sur l’origine des troubles msuculosquelettiques et la prévention nécessaire face à cette pathologie invalidante et onéreuse. Il intéressera tous les préventeurs du domaine de la Santé au travail mais aussi tous les généralistes et professionnels du soin, confrontés à cette problématique.

Les troubles musculosquelettiques (TMS) sont "des affections douloureuses des tissus mous périarticulaires et des nerfs périphérique secondaires à une hypersollicitation d’origine professionnelle du membre supérieur".
Les principaux sont le syndrome du canal carpien, les tendinopathies des muscles épicondyliens latéraux et les tendinopathies de la coiffe des rotateurs.
Ces TMS sont la première cause de maladies professionnelles en France (85%) et en Europe. Ils induisent un fort absentéisme, des coûts d’indemnisation élevés et des coûts indirects très importants pour les entreprises.
Les sujets les plus à risque sont ceux exposés à des tâches répétitives réalisées sous contrainte de temps avec peu de marge de manœuvre. Les sujets vieillissants sont les plus impactés mais les TMS touchent toutes les classes d’âge, y compris les jeunes cumulant un emploi précaire et des conditions de travail pénibles.

Ces TMS résulteraient

  • d’une hypersollicitation biomécanique des tissus périarticulaires : "répétitivité des gestes, intensité des efforts de préhension et de manipulation d’objets/dispositifs ou de manutention de charges, adoption répétitive ou soutenue de postures inconfortables des membres et du tronc et l’exposition aux vibrations transmises à la main ou au rachis" ;
  • de facteurs psychosociaux (stress "perturbant le geste professionnel et augmentant la charge musculo-squelettique induite par la pression temporelle, l’intensification du travail, la diminution des temps de récupération et la diminution des coopérations dans le travail") ;
  • de facteurs organisationnels au travail : association d’une forte pression psychologique avec une faible autonomie au travail (geste "empêché"), aggravée par le manque de soutien ou de reconnaissance de la part de la hiérarchie ou par un sentiment d’injustice ;
  • de facteurs de susceptibilité individuelle (caractéristiques anatomiques, médicales, génétiques ou physiologiques).

La prévention intégrera

  • la prévention primaire
    • réduction des contraintes des situations de travail
    • actions collectives de promotion de la santé
    • formation professionnelle
    • information et lutte contre les pratiques managériales à risque ;
  • la prévention secondaire et tertiaire
    • dépistage et prise en charge précoce des TMS à la fois médicale et professionnelle
    • intervention de maintien dans l’emploi.

La prévention nécessite une approche globale et intégrée avec une forte mobilisation des acteurs de la prévention des risques professionnels et la mise en place d’une politique structurée et coordonnée de réduction des risques.

(publié le 23 février 2018)