Cas de légionellose en milieu professionnel

C. Peyrethon, M-F. Chateau Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2011, vol.72, n°1, pp.52-62. Bibliographie

A partir de l’observation rapportant un cas de légionellose en milieu professionnel, les auteurs informent à propos de la gestion du risque de contamination du réseau hydrique par les légionelloses, de la conduite à tenir après découverte d’un cas de légionellose en milieu de travail et de la possibilité de réparation de cette pathologie dans un contexte professionnel.
Parmi la vingtaine d’espèces pathogènes pour l’homme, Legionella pneumophila est impliquée dans plus de 90% des légionelloses en France.
La maladie s’exprime de différentes manières.
Ce peut être :

  • une fièvre de Pontiac : affection pseudo-grippale sans pneumopathie, guérissant spontanément en quelques jours ;
  • une maladie des légionnaires se présentant sous la forme d’une infection pulmonaire grave avec la triade caractéristique "pneumonie - diarrhée - confusion mentale". Néanmoins, le diagnostic clinique avec d’autres pneumopathies est impossible. L’évolution peut se faire vers une insuffisance respiratoire, une insuffisance rénale voire le décès ;
  • une forme extra-pulmonaire exceptionnelle, survenant essentiellement chez les immunodéprimés.

Le diagnostic de certitude repose sur les examens bactériologiques et/ ou sérologiques spécifiques :

  • la détection d’antigènes solubles spécifiques dans les urines, méthode facile et rapide, permettant un diagnostic précoce,
  • la mise en culture d’un prélèvement respiratoire (lavage broncho-alvéolaire, secrétions bronchiques, liquide pleural ...) avec un délai de réponse de 3 à 10 jours, une spécificité de 100% mais une sensibilité très variable,
  • la détection d’anticorps dans le sang, mais qui ne permet qu’un diagnostic tardif, voire rétrospectif,
  • l’examen par immunofluorescence directe donnant des résultats rapides mais peu sensibles,
  • la détection par amplification génomique (PCR).

Le traitement antibiotique doit être débuté rapidement pour être efficace ; il n’est pas justifié de mettre en place une antibioprophylaxie pour les personnes ayant été exposées à des aérosols contaminés par des légionelles, mais en présence de cas groupés de légionellose nosocomiale, le comité de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) ou le comité des antibiotiques peuvent dans certaines situations conseiller la prescription d’un macrolide chez les sujets les plus à risque.

A partir des réservoirs naturels (cours d’eau douce ou lacs), les légionelles viennent contaminer les milieux hydriques artificiels notamment les réseaux de refroidissement de certains procédés industriels et les systèmes de climatisation où les légionelles se développent lorsqu’elles trouvent des conditions favorables. Une culture sur milieu spécifique permet de mettre en évidence les légionelles dans l’eau. La limite de détection est de 250 à 500 UFC/l (unités formant colonies) et le seuil de dangerosité se situe à 1 000 UFC/l d’eau.
L’homme se contamine par voie respiratoire et il n’existe aucune cas de transmission interhumaine.
La maladie est à déclaration obligatoire.
La surveillance épidémiologique en France montre un pic saisonnier en été et à l’automne et une forte augmentation de cette pathologie jusqu’en 2005. En 2004, un plan gouvernemental a été établi pour réduire de 50% l’incidence des cas de légionellose, et si l’incidence a diminué, l ’objectif est loin d’être atteint.
Une exposition sur le lieu de travail est signalée dans 2,2 à 3% des cas entre 2003 et 2005 et jusqu’à présent, aucune épidémie de légionelloses survenue dans une collectivité n’a été décrite. Les voyages, notamment vers les pays du Sud représentent actuellement la principale cause identifiée de légionellose en particulier la fréquentation d’un hôtel.
La prévention repose sur l’évaluation du risque qui nécessite de repérer d’une part, les réservoirs hydriques potentiellement à risque de contamination par les légionelles et d’autre part, les populations professionnellement exposées à ces réservoirs. Les tours aéroréfrigérantes qui sont notamment utilisées pour la climatisation des locaux de grande taille doivent être déclarées à l’inspection des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). Une réglementation spécifique existe pour lutter contre le développement des légionelles.
La prévention repose sur l’information des salariés et un certain nombre de recommandations visant à des actions sur le réservoir (visant à empêcher la prolifération de la bactérie) et sur les possibilités de transmission, complétées par le port de protections individuelles pour les salariés appelés à travailler à proximité du brouillard (masque avec filtre FFP3, masque avec ventilation assistée, voire filtre combiné pour les interventions exposant en plus à un risque chimique).
La reconnaissance de cette pathologie est possible au titre de l’accident du travail ou de celui de maladie professionnelle par le biais de l’alinéa 4 du système complémentaire de reconnaissance à condition que la preuve de la relation causale soit apportée.

(publié le 6 juin 2011)