Champs électriques et magnétiques de très basse fréquence : il est temps d’être raisonnable

J. Lambrozo, M. Plante Environnement et Risques Santé, ERS, 2014, vol.13, n°6, pp.440-443. Bibliographie

"Les champs électriques et magnétiques seraient-ils à l’origine d’une menace invisible, mais présente partout ? Aurait-on méconnu, ou pire, caché, un cancérogène redoutable ?
Après 30 ans et plusieurs milliers de publications scientifiques, il est temps de faire le point ".

Une étude exploratoire a suggéré que les ouvrages électriques à proximité des maisons, pouvaient augmenter la probabilité de survenue des cancers chez les enfants.

"Le talon d’Achille de l’épidémiologie et notamment environnementale est l’évaluation précise des expositions" et les premières expositions ont été appréciées indirectement. Or, ces approches indirectes ne sont pas forcément pertinentes car elles ne reflètent pas la réalité des expositions.
De surcroît, il faut envisager la question des biais, dont des erreurs de classification, des biais de sélection, de publication ou la non prise en compte des facteurs de confusion.
La concordance des données épidémiologiques n’implique donc pas une relation causale. C’est pourtant sur ces bases que le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé en 2002 l’exposition aux champs magnétiques comme "cancérigène possible " pour des niveaux d’exposition de l’ordre de/ou supérieurs à 0,4 µT en moyenne bien que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) indiquait en 2007 que les preuves épidémiologiques étaient "faibles".
D’ailleurs les plus récentes études montrent plutôt des associations qui ne sont pas statistiquement significatives ou l’absence d’association et les études prenant en compte la variabilité des expositions avec un exposimètre ont été négatives.

La relation dose-effet n’a pas été retrouvée pour la leucémie de l’enfant et de plus les travailleurs exposés à des niveaux 10 à 15 fois plus élevés et durant toute leur vie professionnelle n’ont pas montré d’excès de risque.

Si la temporalité existe dans cette situation (l’usage de l’électricité date de plus d’une centaine d’années), la latence habituelle entre une exposition et son effet n’est pas retrouvée.
Les cancérogènes suspectés dans cette situation n’ont pas créé d’effets délétères chez l’animal.

Enfin pour la plausabilité biologique, aucun mécanisme ne "cadre" avec un effet de champ magnétique à ces niveaux d’exposition.

Après 30 ans de travaux et de recherches, l’épidémiologie reste seule, mais cette alerte a été très instructive à beaucoup de points de vue.

(publié le 9 mars 2015)