De l’évaluation du risque à la gestion de la crise : le cas du syndrome des bâiments malsains

D. Marcand, F. Chaventre, O. Ramalho, J.D. Laffitte, B. Collignan, K. Weiss Environnement Risques Santé , ERS, 2013, vol.12, n°4, pp.325-329. Bibliographie

Faute d’investigations suffisantes, les incertitudes scientifiques concernant l’étiologie des cas de syndromes des bâtiments malsains (SBM) ont abouti à envisager ce syndrome comme un phénomène psychosocial traduisant des désordres mentaux.
Cependant depuis des décennies, l’OMS souligne le caractère multifactoriel du SBM et la possibilité d’une composante psychologique explicative.
Les auteurs de cet article insistent sur la nécessité d’aborder les SBM comme des situations de crises socio-environnementales. Selon eux, existeraient des facteurs environnementaux qui seraient explicatifs du SBM et des facteurs psychosociaux (notamment une incertitude) qui seraient responsables de l’évolution de la crise.
Les auteurs présentent l’étude d’un cas : des enseignants victimes de symptômes collectifs (graves pour certains et engendrant des états dépressifs) ont demandé la réalisation d’analyses de la qualité de l’air intérieur de leurs salles de classes. Celles ci ont été effectuées seulement après que les enseignants aient fait jouer leur droit de retrait, selon un protocole expérimental qui ne leur semblait pas sérieux. La direction ayant refusé de communiquer les résultats, il s’en est suivi un climat d’incertitude et de mal-être qui a accentué la crise et donné lieu à des rumeurs relatives à un danger caché semblable à celui de l’amiante ; ce qui a généré de l’anxiété.

L’intervention d’une cellule de coordination interdisciplinaire a permis d’apporter un soulagement. Les premières observations ont conduit à émettre l’hypothèse d’un défaut de renouvellement de l’air pour expliquer les phénomènes et l’émergence de la crise. Le refus de communication et le style de management ont été présentés comme des facteurs susceptibles d’expliquer l’évolution de celle-ci. Les investigations de la cellule de coordination ont permis de dissiper les rumeurs et de réduire les incertitudes. En exposant de façon transparente les hypothèses de recherche et en présentant les résultats d’analyses au fur et à mesure des investigations aux agents concernés, la situation s’est apaisée.

(publié le 14 octobre 2013)