Dossier "Risques liés aux déchets"

W. Dab, S. Florence, C. le Bâcle, A. Chollot, A. Delépine, entretien avec P. Muller, G. Keck, P. Empereur-Bissonnet, questions à B. de Buzonnière Le Concours Médical, 2008, n°17, p. 871-886. Bibliographie

Lors de la crise des ordures à Naples en mai 2008 qui a laissé 100 000 tonnes de déchets envahir la ville et sa région, les médecins ont fait part de leur préoccupation devant la multiplication des rats, des cafards et des insectes. En 2004, un chercheur italien a fait un lien entre la crise des déchets et l’augmentation de l’incidence des cancers dans une zone agricole fortement utilisée comme décharge sauvage. Une étude est en cours en Campanie, où certaines zones proches des décharges accusent des taux de cancers du foie, du poumon et de l’estomac et des risques de malformations congénitales en forte augmentation par rapport aux zones plus éloignées.

La filière déchets expose à différents risques : la collecte, pour sa part, à l’exposition aux gaz d’échappement, l’incinération aux risques chimiques, les centres de tri à une exposition chimique, une contamination virale, une exposition aux moisissures à l’origine de pathologies respiratoires, le compostage à des symptômes inflammatoires. Il faut procéder à une estimation de l’exposition en effectuant des mesures comparatives air intérieur/air extérieur. Il faut favoriser la prévention collective : conception adéquate des locaux, engins adaptés, ventilation des milieux de travail, limitation du nombre de personnes exposées, installations favorisant l’hygiène, mise à disposition d’équipements de protection individuelle adaptés. La surveillance médicale impose la recherche de signes cliniques ORL ou respiratoires (suspicion si disparition les jours de repos) et doit poser l’indication de certaines vaccinations (antitétanique systématiquement, hépatite A, hépatite B et leptospirose en fonction des risques). Le médecin du travail sera aussi présent au stade de la réparation et conseillera la victime en cas de suspicion de maladie professionnelle.

La filière des déchets dangereux, c’est à dire ayant un « caractère polluant et risqué pour la santé ou l’environnement » est réglementée et contrôlée. « Le premier risque est humain ». Il faut donc évaluer les risques, informer et sensibiliser le personnel, mais aussi les clients à la qualité de leurs déchets pour leur proposer des solutions de recyclage. L’évaluation des risques suppose la mesure d’indicateurs d’exposition du personnel : benzène dans les urines. « Le deuxième risque est environnemental » et des contrôles sont nécessaires en amont (à l’arrivée des déchets) et en aval (analyse des eaux et des gaz rejetés).

Les usines d’incinération sont source d’inquiétude pour la population riveraine. Pourtant, si « dans les années 1990, les unités d’incinération d’ordures ménagères contribuaient pour un tiers à la pollution atmosphérique », les nouveaux incinérateurs conformes aux normes européennes abaissent d’un facteur de l’ordre de 100 les émissions des divers polluants, en particulier des dioxines, ce qui revient à dire que le risque d’impact sur la santé est désormais non détectable. Le terme de dioxines regroupe des particules, du dioxyde de soufre, des oxydes d’azote, de l’acide chlorhydrique, des polychlorodibenzodioxines et des polychlorodibenzofuranes. Il est probable que la qualité des émissions soit influencée par le tri sélectif des déchets en amont de l’installation. En ce qui concerne le personnel, les études d’exposition aux dioxines ont été menées sur les ouvriers des unités d’incinération. Les ouvriers les plus exposés sont ceux assurant l’entretien des filtres antipollution. L’exposition des travailleurs aux risques microbiologiques liés à la fermentation dans les fosses mériterait d’être mieux évaluée. En ce qui concerne les riverains, des études épidémiologiques sur des populations résidant à proximité d’incinérateurs d’ordures ménagères ont apporté des arguments sur la possibilité d’une augmentation du risque de certains cancers en particulier chez la femme, au cours de la décennie 1990-1999. Ces résultats ne peuvent pas être transposés à la période actuelle, mais témoignent bien de la pertinence des mesures de réduction des rejets atmosphériques imposées au début des années 2000. Au demeurant, les études n’incitent pas à dépister et à suivre les personnes anciennement exposées du fait qu’ « il n’est pas possible d’imputer la responsabilité d’un cancer à titre individuel à une exposition passée ou actuelle aux fumées d’un incinérateur municipal ».

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(publié le 25 mars 2009)