Environnement et cancer :
chiffres clés et situation actuelle

J. Estève Environnement Risques Santé, ERS, 2014, vol.13, n, pp.305-311. Références
Quelle est la situation actuelle ? Dans les pays en développement, du fait de la faible espérance de vie, les cancers n’y étaient pas un problème prioritaire, même si les cancers liés aux infections virales y étaient plus nombreux que dans les pays développés. Mais en raison de l’adoption par les pays d’Afrique et d’Asie, des modes de vie délétères des Européens et des Américains, on observe de plus en plus de cancers dans ces pays. lls cumulent ainsi le double fardeau.
Les Français, ont pour leur part, une perception erronée de l’influence de l’environnement dans la survenue du cancer en France en raison d’un manque d’information objective sur les dangers auxquels ils sont exposés et sur l’importance relative des facteurs connus de risque de cancer.
La France serait-elle victime d’une épidémie de cancer ? Il existe des versions violentes de cette théorie. Mais restons pragmatiques : l’augmentation de l’espérance de vie conduit mécaniquement à l’augmentation du nombre de cas de cancers, qui est aussi en lien avec une décroissance importante de la mortalité par maladie cardiovasculaire.
Rapportons nous à l’épidémiologie et référons nous au taux d’incidence et au taux standardisé ? Il apparaît alors que la mortalité par cancer a diminué quelle que soit la façon dont on la regarde (amélioration de la survie mais aussi remplacement des cancers hautement létaux par des cancers de meilleure survie).
Chez la femme, la mortalité diminue un peu moins que chez l’homme en raison du cancer du poumon qui augmente inexorablement en incidence et en mortalité depuis qu’elle a adopté un comportement masculin, en particulier en ce qui concerne le tabagisme.
L’auteur est catégorique. Si l’environnement peut être délétère du point de vue de l’apparition de cancers, l’argument d’une épidémie de cancers dûe en particulier aux perturbateurs endocriniens est vide.
En ce qui concerne l’environnement, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) examine les substances suspectées de favoriser les cancers. Mais selon l’auteur, sur les 968 agents suspects analysés jusqu’en 2013, seuls 18% sont des cancérogènes avérés ou probables. L’analyse du CIRC est qualitative et laisse l’évaluation quantitative et l’évaluation de la prévalence de l’exposition aux spécialistes de la toxicologie et de la santé publique, ce qui laisse une grande incertitude sur la contribution de ces cancérogènes à l’incidence des cancers, et donc pour l’auteur à des affirmations contradictoires ou fantaisistes.
Plutôt que d’affoler les populations, il serait plus judicieux de faire passer des messages clairs sur la hiérarchie des dangers auxquels elles sont exposées de manière volontaire ou subie (par exemple, les fumeurs réguliers perdent en moyenne 7 à 10 ans d’espérance de vie en bonne santé par rapport aux non fumeurs). Pour l’auteur, "la fréquence importante du cancer n’est due qu’à la durée de plus en plus élevée laissée aux cellules pour qu’elles puissent s’engager dans un processus cancéreux causé par des expositions faibles mais multiples qui permettent aux erreurs de s’accumuler".
(publié le 24 novembre 2014)