Intolérance environnementale idiopathique attribuée aux champs électromagnétiques
Aspects cliniques et prise en charge en milieu de travail

L. Bensefa-Colas, A. Ranchoux-Lamodière Références en Santé au Travail, 2013, n°135, pp. 27-37. Bibliographie
Depuis quelques décennies, l’environnement électromagnétique s’est profondément modifié, des sources artificielles nombreuses s’étant ajoutées aux sources naturelles, terrestres et cosmiques.
L’ensemble des travailleurs est concerné par l’exposition professionnelle aux ondes électromagnétiques (champs basse fréquence, radiofréquences, hyperfréquences).
Il faut se préoccuper des sujets porteurs de dispositifs médicaux implantables actifs aux champs électromagnétiques et entreprendre une évaluation précise des risques en engageant une consultation pluridisciplinaire entre le médecin du travail, le cardiologue qui a implanté le stimulateur, le fournisseur du stimulateur qui en connaît les caractéristiques et le chef d’entreprise.
Le syndrome d’intolérance environnementale idiopathique (IEI) attribué aux champs électromagnétiques n’a pas de définition ou de critères diagnostiques formels du fait de la non-spécificité des symptômes rapportés, de l’apparente hétérogénéité des personnes touchées et de l’absence d’étiologie établie.
Chez les personnes se plaignant de cette sensibilité accrue aux radiofréquences et aux champs magnétiques, on retrouve deux types de symptômes : des manifestations dermatologiques (érythème facial, éruptions cutanées, sécheresse cutanée, démangeaisons, sensation de brûlures ou de picotements), des manifestations neurovégétatives peu spécifiques (céphalées, sensation de fatigue intense, troubles du sommeil, troubles de la mémoire et de la concentration, troubles anxieux, sensation d’oppression thoracique.....), des troubles de la sphère "nez-gorge-oreilles" (picotements, irritations oculaires), tous ces symptômes pouvant altérer de manière importante la santé physique ou mentale de ces patients alors que l’examen clinique se révèle sans particularité.
Les femmes et les personnes âgées de plus de 40 ans seraient les plus fréquemment atteintes.
Aucune estimation fiable du nombre de cas en France n’est disponible mais ce syndrome devient une préoccupation émergente de santé publique.
La littérature internationale répertorie un certain nombre de travaux sur ce sujet mais dans une revue systématique récente, les auteurs ne retrouvent pas de preuve suffisante d’un lien entre l’exposition aux CEM et la survenue de symptômes chez les sujets souffrant dIEI.
Certains facteurs sont cités comme associés aux plaintes des patients électrosensibles : des facteurs physiques (humidité trop faible, température ambiante trop élevée, présence de poussières, modulations lumineuses), des facteurs chimiques, des facteurs organisationnels et psychosociaux, des facteurs individuels physiologiques et psychosociologiques (âge, sexe, niveau d’études ou de revenus, distribution des mastocytes dans le derme,...)
Des questionnaires ont été utilisés pour recenser les différents symptômes ressentis. Le CRIIREM (Centre de recherche et d’information sur les rayonnements électromagnétiques non ionisants) propose des questionnaires différents selon les personnes cibles.
Des examens complémentaires montrent une plus grande variabilité du rythme cardiaque et une augmentation de l’activité électrodermale (modification des propriétés électriques de la peau en réponse à l’effort ou à l’inquiétude), chez les sujets se déclarant électrosensibles.
Il n’existe pas de traitement validé pour le syndrome d’hypersensibilité électromagnétique. Mais il semble que les thérapies cognitivo-comportementales centrées sur les symptômes et les prises en charge globales et pluridisciplinaires des personnes soient à privilégier. Le pronostic est d’autant meilleur que la prise en charge est précoce.
La liste des centres de consultation de pathologie professionnelle et de l’environnement participants est disponible sur le site www.radiofrequences.gouv.fr
(publié le 31 octobre 2013)