Intolérance environnementale idiopathique : deux entités invalidantes à reconnaître

L. Bensefa-Colas, D. Dupas La Revue du Praticien, 2014, vol.64, n°3, pp. 358-362. Références

L’Organisation mondiale de la santé a proposé de réunir sous le même descripteur, deux syndromes : l’intolérance aux odeurs chimiques et l’intolérance aux champs électromagnétiques, présentés par des sujets dont les profils symptomatiques sont très proches et qui restent non expliqués sur le plan médical mais dont les effets sont préjudiciables pour la santé des personnes.
Le syndrome d’intolérance aux odeurs chimiques se manifeste cliniquement par des symptômes nombreux (oropharyngés, neurologiques, digestifs, généraux, rhumatologiques, etc..), survenant dans des circonstances ou environnements précis et se reproduisant régulièrement. L’examen clinique et les examens complémentaires sont strictement normaux et l’entourage professionnel est indemne.
L’interrogatoire trouve souvent des traits de personnalité et un contexte culturel favorisant l’apparition de claustro- ou agoraphobie, des antécédents de malaises vagaux, une sympathie pour les mouvements écologistes et les produits "biologiques".
Les produits incriminés sont les colorants et tous les produits en contenant, les produits de nettoyage, l’eau de Javel, les détergents, les désinfectants, les parfums, les cosmétiques, les désodorisants, les gaz d’échappement, les carburants, les fumées, le goudron, etc.
Une aggravation progressive est souvent observée.
Aucun mécanisme physiopathologique n’est à ce jour identifié et il n’existe aucune thérapeutique spécifique.
La prise en charge sera psychologique avec une approche cognitivo-comportementale.

Le syndrome d’intolérance environnementale idiopathique attribué aux champs électromagnétiques se caractérise par des manifestations dermatologiques, des manifestations neurovégétatives dans les 20 minutes à 24 h après l’exposition.
L’examen clinique est sans particularité.
Les thérapies cognitivo-comportementales centrées sur les symptômes sont à privilégier.

Aucune étude n’a permis de démontrer un lien causal entre l’exposition aux champs électromagnétiques ou aux produits chimiques et l’apparition des symptômes chez les personnes hypersensibles. Il n’existe pas de traitement validé mais la prise en charge sera globale, pluridisciplinaire et précoce.
Ces patients souvent en grande souffrance, doivent pouvoir bénéficier d’une écoute attentive auprès des médecins.

Aucun de ces deux syndromes n’est reconnu en maladie professionnelle. Le syndrome d’intolérance aux odeurs chimiques peut être reconnu comme accident du travail dans certaines circonstances. Dans les cas sévères, le salarié peut obtenir la reconnaissance de travailleur handicapé et dans certains cas bénéficier d’une pension d’invalidité.

(publié le 25 septembre 2014)