Légionelloses

N. Bornstein Encyclopédie Médico-Chirurgicale, EMC, Maladies infectieuses, Elsevier Masson SAS, Issy-les-Moulineaux, 2012, vol.9, n°3, 8-021-A-10, 12 pages
"Les Legionella sont des bactéries qui font partie de la flore aquatique et sont trouvées dans de nombreux réservoirs et sources d’eaux douces, naturels ou artificiels.... Elles se multiplient dans un environnement intracellulaire comme les protozoaires et puisent leurs nutriments au sein de niches écologiques comme les biofilms" qui sont favorisés par certains constituants des systèmes de distribution de l’eau.
Elles sont rencontrées fréquemment et en abondance dans l’eau chaude.
Les légionelloses sont observées dans tous les pays où elles sont recherchées avec les moyens appropriés et elles semblent en France en légère diminution avec une incidence de 1,9/100 000 habitants. Il existe un pic saisonnier en été et à l’automne en lien avec l’utilisation des climatiseurs et les voyages touristiques.
Les facteurs de risque sont l’âge supérieur à 50 ans, le sexe masculin, le tabagisme, l’alcoolisme, le diabète, tous les états d’immunodépression, l’exposition plus ou moins prolongée ou fréquente à des sources de contamination (hébergements dans des hôtels climatisés, fréquentation de centres de remise en forme, de bains bouillonnants, d’établissements thermaux, maintenance des circuits de climatisation, etc.).
La contamination se fait le plus souvent par inhalation d’aérosols infectieux par l’intermédiaire des tours de refroidissement, des pommeaux de douches, des nébuliseurs et humidificateurs d’appareils respiratoires, des appareils de dentisterie, des fontaines décoratives, des systèmes d’arrosage, des piscines thermales sulfatées calciques, etc.
Cliniquement, la maladie se présente sous des formes de gravité variées ; le tableau n’est pas spécifique, ce qui rend difficile le diagnostic. Le tableau peut aller de la pneumonie aiguë (maladie des légionnaires) à la forme fébrile d’évolution bénigne (fièvre de Pontiac), en passant par des formes extrarespiratoires (neurologiques, cardiaques, digestives, rénales, musculaires, cutanées ..). Le taux de mortalité se situe entre 10 et 20%.
Le diagnostic doit être particulièrement suspecté chez les patients immunodéprimés ne réagissant pas aux bétalactamines.
Le diagnostic direct avec mise en évidence de l’agent étiologique dans les produits pathologiques fait appel à diverses méthodes : mise en culture du prélèvement, examen des prélèvements en immunofluorescence directe, détection par sondes nucléiques et amplification génique, recherche d’antigènes solubles.
La sérologie reste un mode fréquent de diagnostic des légionelloses, bien que souvent tardif voire rétrospectif (soit immunofluorescence qui reste la méthode de référence, soit Elisa ou microagglutination).
Le traitement est antibiotique. L’érythromycine est restée le traitement le plus classique mais d’autres antibiotiques ont montré leur efficacité (macrolides, azithromycine, quinolones ...). L’amélioration clinique sous traitement adapté est rapide mais les signes radiologiques disparaissent plus tardivement.
La prévention repose sur la suppression des niches écologiques mais certaines mesures nécessitent d’être prises dès la conception et la construction des bâtiments. Des contrôles périodiques seront effectués sur les circuits de distribution de l’eau et les analyses effectuées par des laboratoires expérimentés dans la recherche des Légionella.
La méthode la plus efficace pour désinfecter les systèmes de distribution de l’eau reste le réchauffement de l’eau à 70°C jusqu’aux points terminaux et écoulement de l’eau pendant 30 minutes. Si les Légionella persistent, la manœuvre peut être reconduite. Le risque est celui de brûlure des usagers.
Les résultats obtenus avec la chloration sont satisfaisants mais non absolus et entraînent dénaturation du goût et de l’odeur de l’eau, corrosion des circuits métalliques.
L’installation sur le circuit d’eau chaude de systèmes générateurs d’ions cuivre et argent semble apporter des résultats très encourageants.
La surveillance épidémiologique repose sur la déclaration obligatoire dont l’objectif majeur est la détection des cas groupés et sur un réseau européen de surveillance des légionelloses acquises lors de voyages permettant des comparaisons de la maladie d’un pays à l’autre.
(publié le 22 novembre 2012)