Maladie cardiovasculaire et voyage aérien : particularités et enjeux

J-E. Touze, P. Métais, P. Zawieja La Presse Médicale, 2012, vol.41, n°2, pp. 109-115 . Bibliographie
2,4 milliards de passagers utilisent l’avion chaque année, dont le tiers à bord de vols long courrier, sur des durées excédant souvent 8 heures. De plus en plus de sujets dits à risque empruntent ce mode de transport, qu’il s’agisse de coronariens, de sujets à risque de maladie thromboembolique du voyageur, d’insuffisants cardiaques chroniques, de sujets atteints de cardiopathies congénitales ou de voyageurs présentant des troubles rythmiques et conductifs, voire porteurs d’un stimulateur cardiaque ou d’un défibrillateur automatique implantable.
Le risque cardiovasculaire occupe une place prépondérante et les incidents de ce type sont au second rang (10%) derrière les troubles digestifs (25%) parmi les incidents médicaux survenant en vol. Le pronostic vital peut être engagé et l’assistance d’un médecin sollicitée ; ce qui pose le délicat problème de la responsabilité juridique du professionnel de santé ; la loi du "bon samaritain" n’étant pas toujours comprise de la même manière en fonction des pays et des compagnies aériennes.
Il importe donc avant le départ d’évaluer tout sujet porteur d’une affection cardiaque et /ou pulmonaire cardiovasculaire et de réaliser une épreuve d’effort et une exploration fonctionnelle respiratoire avec étude des gaz du sang afin d’évaluer le seuil ischémique.
Un sujet à risque élevé de complication thromboembolique recevra dans les heures précédant le vol, une injection d’héparine à bas poids moléculaire.
Au cours du vol, il convient de respecter les consignes suivantes : éviter l’alcool, choisir une place près du couloir pour déambuler régulièrement, éviter les somnifères.
A l’arrivée, les conditions climatiques (chaleur importante ou grand froid) peuvent être délétères chez un sujet sous traitement diurétique ou hypotenseur et occasionner respectivement troubles du rythme ventriculaire ou spasme coronaire.
Le décalage des prises médicamenteuses n’a pas de conséquences graves généralement, du fait de la longue durée de vie des médicaments cardiovasculaires.
Mais le problème se pose pour la prise d’antivitamine K. Si le décalage excède 8 heures et qu’il s’agit d’un trajet vers l’Est, la prise précédant le décollage doit être diminuée de moitié, le traitement sera ensuite poursuivi à l’arrivée aux doses et heure habituelles. Pour un trajet vers l’Ouest, la dose prise à l’arrivée doit être réduite de moitié.
(publié le 12 avril 2012)