Obésité, diabète de type 2 et perturbateurs endocriniens

N. Chevalier, P. Fénichel La Presse Médicale, 2016, vol.45, n°1, pp. 88-97. Bibliographie
Les prévalences respectives de l’obésité et du diabète de type 2 ne cessent d’augmenter à travers le monde, atteignant un taux sans précédent, que ne sauraient expliquer une suralimentation associée à un mode de vie de type sédentaire.
De nombreux travaux expérimentaux ou d’études épidémiologiques tendent à confirmer un rôle plausible de facteurs environnementaux dans la genèse d’une insulinorésistance et d’un défaut de l’insulino-sécrétion que sont les mécanismes physiopathologiques du diabète de type 2.
Certains des polluants chimiques industriels sont classés dans la catégorie des perturbateurs endocriniens environnementaux (PEE). Ces PEE sont présents dans l’environnement quotidien (air, eau, objets usuels, chaîne alimentaire, cosmétiques, surfactants, retardateurs de flamme). Ils sont aussi utilisés dans l’agriculture, dans l’industrie plastique, ou issus des déchets industriels.
Ces produits sont métabolisés par le foie et éliminés par voie rénale ou entérale. Certains peuvent être stockés longtemps dans le tissu adipeux, d’autres sont éliminés rapidement mais compte tenu de leur présence ubiquitaire dans l’environnement, leur exposition permanente est donc potentiellement dangereuse pour les populations plus fragiles ou à des périodes-clés du développement.
Il a été démontré que l’exposition à des composés œstrogéniques à certaines périodes du développement embryonnaire était responsable d’une reprogrammation de l’expression génétique avec des effets non prévisibles sur le métabolisme énergétique. Cette théorie d’induction fœtale "suppose l’existence d’une fenêtre de vulnérabilité aux PEE, variable selon le produit considéré et selon l’organe cible. Ainsi un environnement fœtal délétère, qu’il s’agisse d’une carence nutritionnelle ou d’une exposition à des facteurs environnementaux toxiques serait capable d’induire une insulino-résitance et donc une obésité et/ou un diabète de type 2".
S’il existe des présomptions sérieuses sur le rôle éventuel de ces PEE dans la physiopathologie de l’insulino-résitance, des études épidémiologiques longitudinales, prospectives sont nécessaires pour confirmer ou infirmer une telle responsabilité dans cette épidémie mondiale de diabète de type 2 et d’obésité.
(publié le 21 avril 2016)