Perturbateurs endocriniens - Reproduction et cancers hormono-dépendants

P. Fenichel, F. Brucker-Davis, N. Chevalier La Presse Médicale, 2016, vol.45, n°1, pp.63-72. Bibliographie

Des substances présentes dans l’environnement "à activité œstrogénique ou anti-androgénique pourraient, en perturbant la balance androgène/œstrogène, participer à la physiopathologie de plusieurs affections cliniques touchant dans les deux sexes, le développement, la fonction ou l’oncogénèse de l’appareil de reproduction". Ces substances sont appelées perturbateurs endocriniens (PEs).
Des expérimentations sur l’animal et l’exposition accidentelle de femmes enceintes au Distilbène® soutiennent cette hypothèse sur le plan scientifique.
Les molécules chimiques les plus répandues se trouvent dans la nature mais sont aussi issues de la chimie de synthèse ou sont des produits de dégradation industrielle.
Sont particulièrement traqués le bisphénol A et les phtalates de la chaîne alimentaire, les détergents à usage domestique et les parabènes dans les cosmétiques et les produits solaires.
L’homme est exposé par ingestion, inhalation ou par voie transdermique. Les substances s’accumulent dans le tissu adipeux, circulent dans le sang et sont retrouvées dans le liquide amniotique, le sang du cordon, le lait maternel. Après détoxication par le foie, elles sont éliminées par les urines.

L’exposition à des PEs, même à faible dose ou à la faveur d’exposition chronique avec bioaccumulation et possibilité d’effets synergiques de plusieurs molécules, pourrait lors des périodes critiques d’exposition en particulier fœtale/ou périnatale, favoriser le développement de maladies chroniques : anomalies du développement ou de la reproduction et cancers hormono-dépendants (cancer du sein, de la prostate, du testicule) chez des sujets présentant une susceptibilité génétique.
Des études complémentaires sont nécessaires pour confirmer une telle responsabilité et caractériser les biomarqueurs capables d’évaluer la durée et l’intensité de l’exposition.
Dès lors, il est important d’évaluer auprès des patients, l’exposition éventuelle, professionnelle, géographique, domestique ou accidentelle à l’un de ces polluants et de dispenser des recommandations préventives simples en particulier aux sujets les plus vulnérables (femmes enceintes, nourrissons et enfants en bas âge).

(publié le 21 avril 2016)