Produire et reproduire
Quand le travail menace les générations futures

M.A. MANGEOT, L. VOGEL Institut syndical européen pour la recherche, la formation et la santé-sécurité, Bruxelles, 2008, 84 pages. Bibliographie

Les risques pour la reproduction sont multiples : produits chimiques, rayonnements ionisants, vibrations, chaleurs, agents biologiques, stress..... et apparaissent aux auteurs insuffisamment étudiés avec notamment des informations disponibles trop fragmentaires. Cette brochure se propose « de contribuer à une meilleure prise de conscience des risques reproductifs au travail. Elle passe en revue les connaissances disponibles avec la volonté de les présenter de manière concise pour un public large ».

Toutes les étapes de la reproduction peuvent être altérées par des facteurs de risques individuels, sociaux, génétiques, ou pathologiques, mais deux aspects de la vie reproductive concernent plus particulièrement le milieu de travail : la fertilité des hommes et des femmes et les accidents de la grossesse, notamment les malformations de l’embryon et du fœtus. Il est indéniable que la fertilité des hommes diminue et le soupçon est jeté sur des substances présentes dans l’environnement ayant une action hormonale, appelées perturbateurs endocriniens et qui modifieraient le sex ratio, avec un déficit de naissances masculines. Ces perturbateurs endocriniens seraient abondamment produits ou utilisés dans de nombreux secteurs d’activité, tels que ceux du médicament, des produits phytosanitaires et des plastiques. Coté féminin, on se dirige plutôt vers les facteurs ergonomiques (forte association entre avortement spontané et travail fatigant : efforts physiques, travail posté, travail en position debout huit heures par jour, semaine de travail prolongée) ou les facteurs sociaux (le fait de vivre seule, d’appartenir à une population migrante, d’être sans emploi, de ne pas bénéficier d’une surveillance prénatale suffisante, de fumer, d’être malnutrie, ...).

En ce qui concerne les accidents de la reproduction, les auteurs proposent de ne pas se focaliser seulement sur les malformations congénitales mais de s’intéresser aux atteintes du fœtus dont les conséquences, invisibles à la naissance se manifesteront plus tard (difficultés d’apprentissage ou survenue de cancers).

Le problème est que la majorité des substances toxiques pour la reproduction ne sont pas reconnues en tant que telles. « Il existe un écart impressionnant entre les données éparses que l’on peut trouver dans la littérature scientifique et la classification des substances dans la législation communautaire ». Une meilleure prévention des risques reproductifs repose sur un ensemble d’interventions à trois niveaux différents : les lieux de travail, les secteurs professionnels et l’ensemble de la société. En pratique, encore trop d’entreprises n’abordent pas la question des risques reproductifs dans l’évaluation des risques. Il s’ensuit que la prévention n’est pas planifiée dans ce domaine, que les travailleurs sont peu informés des risques. Mais « la priorité absolue doit être donnée à la substitution de substances ou procédés dangereux chaque fois que c’est techniquement possible ». Il est important également de noter précisément les expositions et d’assurer un suivi médical approprié. Reste le règlement REACH qui offre une opportunité sans précédent de revoir les règles concernant la production de substances chimiques.

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(publié le 21 janvier 2009)