Syndrome des bâtiments malsains ou syndrome psychogène collectif ?
La raison face aux croyances

D. Marchand, K. Weiss, J-D. Laffitte Environnement, Risques et Santé, 2010, vol.9, n°5, pp. 401-407
Le syndrome des bâtiments malsains (SBM ) ou Sick Building Syndrom se définit "par un ensemble de symptômes non spécifiques, diversement reliés entre eux et chronologiquement associés à la présence d’individus dans les bâtiments". Poser ce diagnostic est difficile et c’est souvent un diagnostic d’exclusion ; mais ce qui pose question est surtout le caractère épidémique de ces symptômes qui transforme le syndrome en véritable "crise" dans les entreprises publiques ou privées.
Après avoir parlé de syndrome des bâtiments malsains (supposant que la cause était dans le bâtiment sans que celle ci soit repérée), on a parlé de syndrome psychogène collectif (mettant en cause une dimension subjective des symptômes individuels tout en leur apportant une dimension psychosociale).
De fait, les causes de SBM restent peu claires et les principaux facteurs évoqués sont liés pour partie au bâtiment (ventilation défectueuse, humidité, pollution atmosphérique, etc.) et pour partie à l’individu et à son activité dans le bâtiment (stress au travail, manque de contrôle sur son environnement, facteurs organisationnels).
Chaque usager d’un lieu est susceptible de jouer un rôle du fait de sa personnalité, de son statut et de sa représentation de la crise. D’aucuns ont mis en cause la santé mentale des personnes concernées, rendant problématique la prise en compte de leurs discours et de leurs points de vue.
Les outils manquent et la méthodologie reste à inventer.
Les auteurs proposent trois axes de recherche : la perception et la représentation de l’environnement (l’élément déclencheur des crises est le plus souvent une information environnementale), l’analyse du système de communications développé au cours de la crise (attention à la communication improvisée qui peut avoir des effets aggravants) et l’analyse de la dynamique sociale et du stress environnemental (il est opportun de mettre à jour les conflits et les problèmes de stress spécifiques à un établissement, à travers l’analyse des représentations que les acteurs ont de l’ambiance sociale, des différents groupes et de personnalités particulières).
L’enjeu des recherches consiste d’une part à "positionner scientifiquement un objet qui tend à être relégué à un registre non rationnel" et d’autre part à "recueillir des données empiriques sur un objet complexe et nouveau en psychologie sociale en vue de les analyser".
L’objectif est de "dépasser les a priori et les positionnements idéologiques qui nuisent aux réponses généralement apportées dans la gestion des SBM".
(publié le 28 décembre 2010)