Travail au froid

J-C. Launay, C. Bourrilhon, G. Savourey Encyclopédie Médico-Chirurgicale, Pathologie professionnelle et de l’environnement, 2011, 16-400-A-10, 16 pages
"On peut considérer le travail au froid comme le travail qui se déroule dans des conditions qui provoquent des sensations inconfortables de fraîcheur ou de refroidissement ......de façon plus objective et physiologique, un environnement froid peut être défini comme une condition climatique qui entraine des pertes thermiques supérieures à celles habituellement observées dans un environnement thermique confortable chez un homme légèrement vêtu".
Il existe différentes situations de travail au froid : à l’intérieur (industrie agro-alimentaire, conditionnement et manutention de produits surgelés), à l’extérieur, en altitude, en eau froide.
L’effet direct du froid sur la peau et la vasoconstriction périphérique régulatrice qui l’accompagne entraînent une diminution de la température cutanée moyenne conduisant à un inconfort thermique mais aussi à une nette réduction de la sensibilité tactile, de la force et donc de la dextérité.
Si l’appareil thermorégulateur est incapable de maintenir l’homéothermie, il se produit une dette thermique qui se traduit par une hypothermie qui entraîne des troubles incompatibles avec une activité de travail normale et qui peut conduire à la mort si elle n’est pas prise en charge suffisamment tôt.
Le froid modéré ou intense a des effets sur les performances mentales (temps de réaction, temps de décision, cognition), sur l’humeur (irritabilité) et sur les performances physiques.
Le système cardiovasculaire est aussi impacté : élévation de la pression systolique et de la fréquence cardiaque, voire défaillance de la fonction cardiovasculaire (mort par fibrillation ventriculaire ou/et asystolie).
Sur le plan respiratoire, on note un assèchement des muqueuses des voies aériennes supérieures, voire des phénomènes micro-inflammatoires favorisant les infections des voies aériennes supérieures.
Le principal accident dû au froid est l’hypothermie qui correspond à un abaissement de la température rectale et qui peut être en lien avec une immersion accidentelle en eau froide ou une avalanche, un traumatisme majeur en ambiance froide, ou un état de santé déficient aggravé par des troubles métaboliques, des infections intercurrentes, des troubles psychiatriques, etc. Son évolution toujours imprévisible, nécessite un traitement hospitalier en service de réanimation.
Les principaux accidents locaux sont les gelures et les vasculoneuropathies périphériques (pied de tranchée), les engelures et l’urticaire au froid.
Le froid est aussi responsable de pathologies respiratoires (bronchospasme, rhinorrhée, larmoiements, pathologies infectieuses par diminution des résistances immunitaires, voire "poumon d’Esquimaux" : hypertension pulmonaire conduisant à une insuffisance cardiaque droite).
Le froid peut entrainer des pathologies cardiovasculaires (augmentation du risque d’angine de poitrine et d’infarctus chez les sujets prédisposés, hypertension artérielle qui accroît le risque d’hémorragie cérébrale).
Le froid aggrave certaines maladies métaboliques : instabilité du diabète, complications vasculaires, dysfonctionnement thyroïdien.
Fréquemment, le froid est responsable de troubles musculosquelettiques et de phénomènes arthrosiques au niveau des mains.
Les sujets drépanocytaires risquent des crises douloureuses, conséquence d’une vasoconstriction réflexe généralisée.
Certains médicaments peuvent perturber la régulation thermique : il en est ainsi des neuroleptiques, des barbituriques, des benzodiazépines, des antihypertenseurs, des vasodilatateurs, des sels de lithium, des antiépileptiques, des patchs ou autres produits cutanés, etc..
La prévention repose sur une bonne condition physique, une bonne hygiène de vie (sommeil suffisant, ajustement des besoins alimentaires), une adaptation physiologique au froid (telle qu’elle est observée chez certaines populations), une adaptation locale au froid des extrémités (facile à développer en plongeant quotidiennement la main dans l’eau glacée à 5°C et en la maintenant immergée le plus longtemps possible, mais seule la main traitée est adaptée).
La prévention suppose aussi l’information des travailleurs sur les pathologies possibles et les moyens de s’en protéger, l’organisation du travail, mais aussi et surtout sur le port de vêtements adaptés bien que leur coût physiologique ne soit pas négligeable : augmentation de la dépense énergétique pour un même travail, difficulté des déplacements et des gestes, diminution de la dextérité manuelle, limitation de la capacité auditive (si port de cagoule)
Des logiciels développés récemment permettent d ’apprécier les contraintes physiologiques liées au froid et donc d’évaluer les risques d’accident et d’adapter la prévention en conséquence.
(publié le 26 octobre 2011)