Virus influenza pandémique à l’intérieur des bâtiments : quel risque de transmission par les systèmes de ventilation ou de climatisation ?

V. Ezratty, F. Squinazi Environnement, Risques et Santé, 2008, Vol.7, N°4, pages 255-263. Bibliographie

Dans le cadre des mesures à prendre vis-à-vis de la grippe aviaire, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’éventualité d’une diffusion du virus pandémique à l’intérieur des bâtiments par l’intermédiaire des systèmes de ventilation ou de climatisation. Afin de répondre à cette interrogation, une recherche bibliographique a été réalisée sur les bases de données MEDLINE et sur les principaux sites Internet nationaux et internationaux dédiés à la menace de la pandémie. Cette recherche n’apportant pas de réponse directe, les auteurs ont alors décidé d’aborder la question en dissociant la notion de diffusion du virus influenza dans l’air d’un bâtiment d’avec celle de sa capacité à infecter des personnes à distance. En ce qui concerne les bâtiments « où la ventilation est naturelle ou contrôlée, le risque de diffusion des aérosols est théoriquement négligeable puisque l’air est extrait par un conduit à l’extérieur du bâtiment sans recirculation d’air d’un appartement à l’autre ». Une éventuelle diffusion pourra se produire lors d’un dysfonctionnement de la VMC ou du fait de conditions météorologiques particulières. En ce qui concerne les bâtiments climatisés, les filtres utilisés sont incapables de retenir des particules de moins de 1 à 3 µm. Utiliser des filtres de très haute efficacité, permettant d’arrêter plus de 99,9% des particules de plus de 0,3 µm ne peut être envisagé eu égard à des raisons techniques et financières. L’on sait que le virus de la rougeole et le virus de la varicelle sont capables d’infecter des personnes situées à de longues distances du sujet source. Qu’en est -il pour la grippe ? « Alors que le taux de transmissibilité R0 (qui représente le potentiel de transmission d’un agent infectieux) est de l’ordre de 15 à 20 pour la rougeole, il est estimé pour le virus influenza, lors de grippes saisonnières, à R0 =1,5-2,5 et pour les pandémies passées à R0 = 2-3 pour la pandémie de 1918-1920 et à 1,5-2 pour celles de 1957-1958 et de 1968-1969 ». De même, «  les données issues d’études épidémiologiques, d’expérimentations animales et humaines disponibles qui évoquent la possibilité d’une transmission par l’intermédiaire d’aérosols, n’apportent aucune preuve directe d’une transmission possible de la grippe à une distance de plus de 2-3 m dans un même espace ». Il n’existe donc aucun argument en faveur d’une transmission à distance, notamment par la ventilation ou la climatisation.

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(publié le 4 décembre 2008)