Eléments de réflexion sur l’hypersensibilité électromagnétique et les intolérances environnementales idiopathiques

A. Perrin Environnement, Risques et Santé, ERS, 2017, vol.16, n°2, pp.112-117. Bibliographie
A tort ou à raison, de plus en plus de pathologies sont attribuées à l’environnement et les nouvelles technologies suscitent des inquiétudes et des réactions de méfiance qui vont bien au-delà de la simple attitude de prudence.
Il en est ainsi de l’hypersensibilité électromagnétique (EHS) qui touche une minorité de personnes et qui a été classée en 2004 par l’OMS dans la famille des intolérances environnementales idiopathiques (IEI), c’est à dire sans explication ni cause connue.
Certaines personnes peuvent cumuler plusieurs IEI simultanément (ex : intolérance aux odeurs chimiques, syndrome du bâtiment malsain, syndrome éolien , etc...). Le problème est que la souffrance de ces personnes est bien réelle et peut conduire à un très sérieux handicap en raison "des conduites d’évitement, de l’ampleur des troubles ressentis et de l’isolement social".
La peur des ondes est instrumentalisée à des fins diverses et pour soutenir des causes plus ou moins défendables. De fait, le grand public reçoit des informations inquiétantes sans mise en perspective des connaissances scientifiques acquises. Il a été remarqué que chez des personnes sans problème de santé préexistant, il était possible d’induire l’apparition de symptômes par le seul fait de leur faire croire qu’elles étaient exposées, et ce, notamment chez les sujets qui ont une forte tendance à la somatisation. On parle aussi "d’opportunisme cognitif", quand un sujet qui présentait des symptômes non rapportés à une cause identifiable, trouve à la suite d’un article de presse ou d’une émission de radio ou de télévision, une explication à ses maux.
Nul doute que ces personnes soient sincères. Il s’agit majoritairement de femmes, d’âge moyen, ayant une tendance à l’anxiété et à la dépression nerveuse et préoccupées par les effets de la modernité et les risques environnementaux.
" La médiatisation favorise la propagation du symptôme et un problème éthique se pose dans la mesure où la détresse des personnes qui en souffrent est aussi utilisée à des fins diverses, y compris lucratives".
Les médecins semblent démunis et ne connaissent que peu ou pas le sujet. (85% déclarent manquer d’informations sur les effets des ondes électromagnétiques). Il leur semble difficile d’annoncer à leur patient un diagnostic de troubles fonctionnels pouvant être perçu comme une insulte.
Au total, il ne faut pas ignorer les résultats scientifiques (qui confirment l’absence de risque sanitaire avéré en dessous des limites réglementaires) mais ne pas refuser non plus " une approche intégrée alliant des approches psychiques et des approches somatiques ", sinon, cela retarderait "la possibilité de trouver des solutions pour aider des personnes EHS à retrouver une vie acceptable et plus sereine sur le long terme" .
(publié le 6 juin 2017)