Energie et intolérances environnementales : électro-hypersensibilité, syndrome éolien, qu’en est-il vraiment ?

M. Bonnet-Belfais, J. Lambrozo, M. Souques, A. Piotrowski, P. Tossa Environnement, Risques et Santé, ERS, 2017, vol.16, n°2, pp.141-1150. Bibliographie

Dans les intolérances environnementales idiopathiques (IEI), où les personnes souffrent de symptômes variés non spécifiques d’une pathologie particulière et sans cause reconnue, on incrimine divers facteurs environnementaux. S’agit-il d’ hypersensibilités individuelles ou d’un syndrome collectif inexpliqué ?
Les préoccupations sociétales largement relayées par les médias laissent suggérer que les risques existent mais ne sont pas pris en compte. Ce phénomène a toujours existé et des troubles physiques ont souvent été attribués au fil de l’histoire, à l’introduction des nouvelles technologies.
Quelles sont les sources incriminées ?
Dans l’électro-hypersensibilité (EHS), il s’agit d’installations ou d’appareils électriques générant des champs électromagnétiques (CEM), correspondant à des gammes de fréquences variables, allant des très basses fréquences aux radiofréquences (avec les communications sans fil et les radars).
Dans le syndrome éolien, sont en cause les dispositifs qui produisent de l’électricité à partir du vent et qui génèrent des infrasons et des sons de basses fréquences.

Si dans le EHS, la variété des troubles exprimés est très importante, (manifestations dermatologiques, palpitations, troubles digestifs, troubles du sommeil, fatigue), les plaintes relatives aux éoliennes sont en relation avec le bruit, le mouvent des pales et leurs ombres projetées. Il a aussi été question de crises convulsives du fait d’un effet stroboscopique du au mouvement des pales mais il n’a pas été décrit de cas probant. Selon l’Académie nationale de médecine en 2006 et l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) en 2008 et 2013, "les émissions sonores des éoliennes ...ne génèrent pas de conséquences sanitaires directes, ni sur l’appareil auditif, ni sur les autres organes".
Aucun de ces deux syndromes ne dispose d’un diagnostic médical reconnu. Cependant de multiples études ont été menées dans l’objectif "de mettre en évidence un éventuel mécanisme sous-jacent plausible, de nature biologique ou psychologique". Reste valide l’hypothèse de facteurs neuropsychiques individuels pouvant intervenir dans la genèse de cette EHS. Idem pour le syndrome éolien où l’on se tourne vers des mécanismes psychologiques pouvant expliquer les symptômes exprimés.
Ne faudrait-il pas "s’interroger sur la responsabilité des médias qui favoriseraient l’inquiétude et la montée des symptômes ... dans le public " créant un effet nocebo dans lequel l’attente des symptômes par un individu se croyant soumis à un facteur négatif finit par se concrétiser ?
Depuis 2012, un projet de recherche clinique est mis en œuvre dans 24 centres de pathologies du travail et de l’environnement au sein de centres hospitaliers, pour caractériser les symptômes et les expositions aux CEM des patients souffrant d’EHS, écarter toute maladie organique sous-jacente, rechercher une prise en charge adéquate des troubles et évaluer les répercussions sociales.
Les services de pathologies professionnelles et environnementales accueillent les patients souffrant d’autres IEI.
L’Académie de médecine a recommandé l’implantation des éoliennes de puissance supérieure à 2,5 MW à une distance minimale de 1 500 m des habitations. L’Anses est plus en faveur d’une appréciation au cas par cas.

(publié le 6 juin 2017)