Chronicité de la consommation de médicaments psychotropes dans la main-d’oeuvre canadienne
 : quelle est la contribution de la profession et des conditions de l’organisation du travail ?

A. Marchand, M.E. Blanc Revue d’Epidémiologie et de Santé Publique, 2010, n°2, vol.58, pp.89-99
Cet article présente les résultats d’une recherche menée sur un large échantillon de la main-d’œuvre canadienne (6 585 personnes) visant à identifier le rôle du travail sur la chronicité de la consommation des médicaments pendant une période de huit ans.
Pendant la période étudiée, près de 7% des travailleurs ont fait un usage répété de médicaments psychotropes et le risque de consommer ces médicaments augmentait avec le temps pour pratiquement doubler à la fin de la période d’observation, ce qui montre que la chronicité s’accroît avec l’âge. Cependant environ 17% des travailleurs ont fait usage de ce type de médicaments à un moment quelconque.
Quant à la profession, il apparaît que les cadres supérieurs ont un risque plus élevé d’usage chronique de médicaments psychotropes, en lien avec un besoin de performance inhérent à cette catégorie professionnelle ayant plus de responsabilités au travail, gérant du personnel et effectuant de nombreuses heures de travail.
Les femmes occupant "des postes de directeur, superviseur et cols bleus" vivent une chronicité plus importante que les hommes au sein des mêmes groupes professionnels (stress en lien avec l’organisation travail qui suscite de longues heures de travail et de fortes demandes psychologiques mais aussi une certaine difficulté de la conciliation travail-famille).
Au regard des conditions de l’organisation du travail, seul le nombre d’heures travaillées s’associe à l’usage chronique de médicaments psychotropes en contribuant à en réduire le risque ; "chaque augmentation d’une heure de travail contribue à diminuer de 1% le risque de chronicité ".
Par contre, une demande psychologique élevée, un soutien social faible au travail et une insécurité du travail ne s’associent pas avec le risque de développer une consommation chronique de psychotropes.
Cette étude suggère que le travail joue un rôle limité, mais par contre , les caractéristiques hors travail et individuelles jouent un rôle important.
C’est ainsi qu’il faut intégrer les caractéristiques individuelles relatives à la démographie, l’état de santé physique, les traits psychologiques, les habitudes de vie et les évènements stressants de l’enfance qui sont les facteurs les plus importants pour expliquer la chronicité de l’usage de ce type de médicaments.
Cette étude confirme que le genre, l’âge et l’usage du tabac sont associés positivement à la chronicité de l’usage des psychotropes.
(publié le 19 juillet 2010)