Epidémie de grippe A(H1N1)2009 :
premiers éléments de bilan en France

J-C. Desenclos, H. Therre, A. Gallay, J. Benrekassa Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), 2010, n°24-54-26, pp.257-288
Ce numéro spécial présente un bilan de l’épidémie de grippe A(H1N1) 3 mois après sa fin.
Après la détection des premiers cas en France début mai 2009 (chez des voyageurs de retour du Mexique) et le début de la diffusion au cours de l’été, la vague pandémique est survenue en France fin octobre pour s’achever 10 semaines plus tard. Elle a été plus précoce que les épidémies saisonnières des 10 dernières années et il est estimé qu’entre 13 et 24% de la population de France métropolitaine a été infectée par ce virus. Le nombre de décès attribuables à la grippe est resté limité mais le profil des patients décédés de la grippe a été modifié. Les personnes âgées de moins de 65 ans (qui représentent normalement moins de 10% des décès) ont représenté près de 75% des décès et la mortalité chez les personnes de plus de 65 ans est restée limitée (en lien avec l’immunité croisée protectrice dans cette population). L’impact de la pandémie de grippe se situerait entre celui d’une épidémie grippale moyenne due au virus A(H3N2) et celui de la pandémie de 1968. 20% de cas graves sont survenus chez les personnes pour lesquelles il n’a pas été trouvé de facteur de risque.
D’importants systèmes de surveillance ont été renforcés ou mis en place mais ils ont été très consommateurs en ressources humaines. Il convient pour l’avenir, d’évaluer leur pertinence.
l’Institut de veille sanitaire (InVs) a fourni à la Direction générale de la santé, des estimations de l’impact possible d’une pandémie grippale mais aujourd’hui il apparaît que l’impact de l’épidémie est resté en deçà des projections réalisées. Il était attendu environ deux à sept fois plus de cas que pour une épidémie de grippe saisonnière alors que le nombre de cas s’est avéré du même ordre ; par conte le taux d’hospitalisation a été voisin de 1% (conforme à la valeur basse proposée en septembre 2009) mais le nombre de patients admis en services de soins intensifs ou de réanimation est très supérieur à celui qui est observé habituellement lors des épidémies de grippe saisonnière.
Un échantillon représentatif de la population française a été interrogé sur Internet à deux reprises, d’abord mi novembre 2009, puis après le pic pandémique ; il apparaît que la vaccination pandémique a été refusée par 78,8% des adultes et vécue comme une mesure de protection individuelle et non comme une mesure de santé publique permettant d’enrayer la pandémie. L’inquiétude qui s’est exprimée vis-à-vis des nouveaux vaccins impose de comprendre quelle information a été reçue et comment cette information a conduit à la décision d’être ou non vacciné.
Cette vague épidémique a mobilisé des outils et des moyens à un niveau largement supérieur à ce qui se passe au cours d’une épidémie classique. Les Centres de référence des virus influenza ont adapté leur réponse et leur organisation afin de permettre une analyse la plus exhaustive possible des virus et des échantillons à analyser. Les analyses phylogénétiques n’ont pas montré l’apparition de variants génétiques sauf de rares mutants avec un possible facteur de virulence, qui ont été détectés chez des patients présentant des formes sévères.
Parallèlement, L’Institut de veille sanitaire développe depuis 2004 un réseau de surveillance syndromique (fondé sur les services d’urgence, SOS Médecins et les données de décès), qui est un apport nouveau dans la surveillance de la grippe.
Les territoires ultramarins des Amériques : Martinique, Guadeloupe, Saint- Barthélémy et Saint-Martin, proches géographiquement des zones initialement touchées ont mis très rapidement en place un dispositif épidémiologique adapté. L’épidémie est apparue en Martinique au tout début du mois d’août 2009, a atteint la Guadeloupe deux semaines plus tard, puis la Guyane la semaine suivante. Saint-Martin a été touché la seconde semaine de septembre et Saint-Barthélémy encore plus tard à la fin de novembre. La fin de l’épidémie s’est étalée, selon le territoire, de l’avant-dernière semaine d’octobre à début janvier 2010. Le taux d’attaque dans ces territoires, toujours inférieur à 8% et la faible proportion de population vaccinée fait craindre la survenue d’une nouvelle vague épidémique.
L’épidémie sur les Iles de La Réunion et de Mayotte est survenue durant l’hiver austral. Il a donc été nécessaire d’adapter les systèmes de surveillance épidémiologique afin de pouvoir suivre simultanément l’épidémie saisonnière et la propagation du virus A(H1N1). Un protocole de surveillance renforcée a été élaboré sur les deux îles, reposant à la fois sur une surveillance épidémiologique individuelle, populationnelle et virologique afin de caractériser la menace sanitaire et de suivre la dynamique épidémiologique des syndromes grippaux. Les différentes sources de données utilisées ont montré une grande cohérence et une complémentarité permettant un monitoring adapté de cette première vague épidémique.
(publié le 21 juillet 2010)