Généraliste et médecin du travail :
l’indispensable dialogue

interview de F. Laigle et de D. Roynet par D. Grégoire Hesamag (Le magazine de l’Institut syndical européen (European trade Union Institute, ETUI) en santé et sécurité au travail, 2011, n°3, pp.28-31
Le manque de communication entre généralistes et médecins du travail est évident, en lien avec une grande méconnaissance du rôle du médecin du travail tant parmi les travailleurs que parmi les médecins de soins et l’idée fausse d’un manque d’indépendance des médecins du travail vis-à-vis des employeurs.
Les rares échanges interviennent principalement dans le cadre du maintien dans l’emploi où un partenariat est indispensable entre le médecin traitant, le médecin du travail, le salarié concerné et les décideurs de l’entreprise. Mais le reclassement n’est pas toujours possible et l’effet crise peut parfois être un prétexte avancé par l’employeur pour s’opposer au reclassement au seul fait qu’il soulève des problématiques particulières et interroge sur l’organisation du travail. Dans ce contexte, les salariés préfèrent parfois taire leurs maux et ne pas interrompre leur activité.
Pourtant les troubles musculosquelettqiues plus que jamais présents doivent inviter à une prise en compte multifactorielle de ces pathologies. La prise en charge doit inclure les facteurs biomécaniques liés au travail tout autant que l’organisation du travail.
Le salarié a parfois du mal à accepter que ses conditions de travail soient délétères pour sa santé et quand il consent à reconnaître que son travail affecte son corps, il est parfois trop tard. Les cancers professionnels se déclarent ainsi souvent quand les travailleurs sont à la retraite. Il est parfois difficile de retracer le parcours professionnel et d’identifier les substances cancérogènes auxquelles les salariés ont été exposés pendant leur activité professionnelle.
La situation est différente vis-à-vis des risques psychosociaux où le salarié reconnaît plus volontiers le lien avec son travail.
On aurait tendance à penser que le médecin du travail devient une sorte de prescripteur de "bons conseils de vie saine" aux travailleurs au détriment de la recherche de mesures de prévention primaire en entreprise. Il faut savoir résister.
(publié le 29 juillet 2011)