Incinération des ordures ménagères en France : effets sur la santé

D. Zmirou-Navier, P. Empereur-Bissonnet, M. Ledrans, J. Le Moal, C. Daniau, P. Fabre, P. de Crouy-Chanel, S. Goria, N. Féry et col (Institut de veille sanitaire), J.L. Volatier et col (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), M. Schmitt et col (cellules interrégionales d’épidémiologie, Institut de veille sanitaire) , J.F. Viel, F. Mitis, M. Martuzzi BEH, Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2009, n°7-8, p. 57-76

L’incinération des ordures ménagères occupe une place importante en France parmi les filières d’élimination des déchets et suscite une inquiétude parmi la population en termes d’impact sur la santé. Deux études ont été menées, l’une couvrant la période 1990-1999 relative à l’incidence des cancers à proximité des usines d’incinération. « Une relation statistique significative a été mise en évidence chez la femme entre l’exposition aux incinérateurs et l’incidence des cancers toutes localisations réunies, du cancer du sein et des lymphomes malins non hodgkiniens. Un lien significatif a été également retrouvé pour les lymphomes malins non hodgkiniens chez les deux sexes confondus et pour les myélomes multiples chez l’homme uniquement ». Cette étude qui met en évidence un impact des émissions des incinérateurs sur la santé porte sur une situation passée et ne peut être transposée à la période actuelle. La deuxième étude mise en place en 2005 n’a pas montré de sur imprégnation due à l’exposition par inhalation aux dioxines, plomb et cadmium des riverains des incinérateurs. La consommation de produits locaux augmentait l’imprégnation par les dioxines et par le plomb notamment chez les agriculteurs alors que la contamination de fruits et légumes provenant de zones exposées au panache des unités d’incinération n’influençait pas l’imprégnation par les dioxines et les PCB, le plomb ou le cadmium. Afin de lever l’inquiétude des populations dans l’entourage d’un incinérateur situé dans l’Isère (nombre élevé de cancers dans la rue principale du village proche de l’incinérateur), quatre études ont été lancées en 2002 : étude des risques sanitaires, étude d’imprégnation en dioxines dans le lait maternel, étude de mortalité par cancer et étude d’incidence des cancers. Aucune n’a montré d’effet observable de l’incinérateur sur la santé de la population riveraine. Un programme de recherche a été mené autour de l’usine d’incinération de Besançon qui a conclu que « bien que les UIOM ne soient pas considérées comme une source importante d’exposition aux dioxines, la cohérence des différents résultats renforce l’hypothèse d’une association entre l’exposition environnementale à la dioxine et la survenue de lymphomes non hodgkiniens dans les populations ayant résidé à proximité d’une UIOM. Un groupe de travail d’experts de l’OMS fait remarquer que les émissions atmosphériques des incinérateurs modernes sont largement réduites en comparaison avec celles des usines de l’ancienne génération. Il leur semble désormais nécessaire de concevoir et de réaliser des programmes de surveillance et de biomonitoring notamment pour investiguer les effets sur la santé liés à une exposition faible à des produits chimiques environnementaux et qui pourraient être détectés sur une longue période.

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(publié le 23 juin 2009)