Inégalités sociales de santé

T. Lang et col. BEH, Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 2011, n°8-9, pp.73-100.
Ce numéro thématique s’intéresse aux inégalités sociales de santé. Il apparaît qu’elles sont hors du système de santé et que le rôle du travail et de l’emploi est majeur.
Quel que soit l’indicateur étudié (état de santé déclaré, mortalité, mortalité prématurée, espérance de vie, morbidité déclarée ou mesurée), un gradient social oppose les cadres et professions intermédiaires aux employés et ouvriers ; ces inégalités sociales apparaissent dès l’enfance et se creusent tout au long de la vie. Ces écarts sont particulièrement visibles chez les hommes et à 35 ans un cadre peut espérer vivre 7 ans de plus qu’un ouvrier et plus d’années en bonne santé.
Les facteurs professionnels (expositions biomécaniques, physiques, insécurité d’emploi, contrat précaire, faible soutien au travail) expliquent une grande partie des écarts observés, et notamment en ce qui concerne le cancer ou les troubles musculosquelettiques. Il semble que des actions ciblées sur telle ou telle pathologie et sur les facteurs de risque spécifiques seraient efficaces pour réduire les inégalités sociales de santé.
C’est après 50 ans que l’espérance de vie en bonne santé atteint une période critique pour les professions manuelles et peu qualifiées. Il est important de produire régulièrement ce type d’indicateurs qui informe sur la pénibilité du travail afin de développer des dispositifs de prévention, de formation et de réorientations permettant de limiter la durée et le cumul des expositions délétères pour la santé.
Un indice de désavantage social noté "FDep99" a été construit à l’échelle des communes, des cantons et des régions. Il permet de résumer l’hétérogénéité socioéconomique du territoire sans lien a priori avec la mortalité ; l’indice permet une observation en routine des inégalités sociales de santé et fait actuellement l’objet d’investigations complémentaires.
Le problème de l’obésité est soulevé dans ce numéro. Si l’obésité concerne l’ensemble de la population, elle est plus prononcée parmi les catégories socioprofessionnelles modestes ou les inactifs. Elle est en lien avec le niveau d’études supérieures, la distance moyenne aux magasins alimentaires de détail les plus proches, la proportion d’établissements de restauration rapide parmi les restaurants et le nombre de commerces et de services de voisinage.
Enfin, le tabagisme serait lié à une transmission des modes de vie et le risque d’être fumeur est plus élevé parmi les personnes dont les parents ont été fumeurs. Il paraît raisonnable de mettre en œuvre des politiques de prévention auprès des patients à risque et des milieux les plus modestes, ou de leurs enfants.
Pour réduire les inégalités de santé le Haut Conseil de la santé publique (HSCP) fait des propositions qui consistent à fixer des objectifs explicites, notamment ceux de se donner les moyens de mesurer les évolutions en développant un système de surveillance sur les inégalités de santé et d’accès aux soins, systématique, régulier, pertinent au niveau territorial, de mettre en place des interventions et des politiques publiques, d’accroître certains efforts en recherche.
(publié le 10 mai 2011)