Les défauts de l’attention en conduite automobile : inattention, distraction et interférence

C. Lemercier, J.M. Cellier Le Travail Humain, 2008, vol.71, n° 3, p. 271-296. Bibliographie

L’activité de conduite comporte un grand nombre de tâches à réaliser simultanément. Cette activité est coûteuse en ressources attentionnelles perceptives, cognitives et motrices. L’attention revêt deux dimensions : le contrôle du traitement de l’information et le réservoir des ressources nécessaires au traitement de celle-ci. L’attention peut être mise en défaut : soit par distraction en lien avec un évènement extérieur qui capte l’attention du sujet, soit par inattention en lien avec des pensées internes qui réorientent l’attention vers les items pertinents à la réalisation de la tâche secondaire. Par ailleurs, l’augmentation de la complexité de la tâche de conduite mobiliserait un plus grand nombre de ressources générales de traitement, appelée aussi charge mentale.

Différents types de systèmes sont actuellement intégrés dans l’habitacle automobile : téléphone kit mains libres, autoradio, navigateur et bientôt fax et internet. On arrive ainsi à la notion de double tâche. Trois hypothèses sont évoquées concernant les détériorations observées sur l’activité principale du conducteur. « La première, s’appuyant sur les travaux où l’attention est conçue comme un réservoir de ressources à capacité limitée, considère que les dégradations sur l’activé de conduite sont dues à une surcharge mentale » et il apparaît que plus la tâche secondaire est coûteuse en ressources de traitement, et plus elle altère le comportement du conducteur. « Les deux autres hypothèses, s’appuyant sur les travaux où l’attention est conçue comme un contrôleur du traitement de l’information, considèrent que les dégradations sur l’activité de conduite ont pour cause une altération du contrôle attentionnel ou perceptif de la scène routière. D’après l’hypothèse 2, plus une tâche sollicite le contrôle attentionnel du conducteur, plus son attention sur la scène routière sera dégradée. Enfin, d’après l’hypothèse 3, plus une tâche secondaire nécessite de contrôle visuel, plus elle entrave le contrôle visuel de la scène routière ». Ces résultats ont été obtenus dans la plupart des cas sur des adultes sains, âgés de moins de 60 ans. Il faut intégrer qu’à l’horizon 2030, une personne sur quatre aura plus de 65 ans. Il faut donc s’interroger sur l’évaluation et le suivi des personnes atteintes de déficiences neurologiques en relation avec les capacités requises pour la conduite, mais aussi sur l’impact de la prise médicamenteuse sur le niveau d’éveil et sur l’attention. Des systèmes embarqués seront-ils capables de répondre spécifiquement à leur déficits ?

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(publié le 3 février 2009)