Santé et instabilité professionnelle : résultats issus des centres d’examens de santé de l’assurance-maladie

J.J. Moulin, E. Labbe, C. Sass, L. Gerbaud Revue d’Epidémiologie et de Santé Publique, 2009, vol.57, n°3, p.141-149. Bibliographie
Afin d’étudier les inégalités sociales de santé entre les actifs exerçant un emploi et les chômeurs, une enquête de type transversal a été menée dans les centres d’examen de santé de l’assurance-maladie entre 2003 et 2005. La population étudiée comprend 767 184 sujets, dont 46,3% sont des femmes, 75,4% exercent une activité professionnelle et 24,6% sont chômeurs. Les emplois instables représentent 4,1% de la population, les contrats aidés 1,9% et les chômeurs de longue durée (3 ans et plus) 6,3% de l’effectif.
Il en ressort que parmi les sujets exerçant un emploi, les indicateurs sont d’autant plus perturbés que les conditions d’emploi sont plus défavorables, depuis les contrats "stables à temps plein " vers les contrats "instables à temps partiel" et les contrats aidés de l’Etat.
Les chômeurs sont globalement plus à risque que les personnes exerçant un emploi et les risques observés augmentent régulièrement avec la durée du chômage (ce qui est en accord avec les études antérieures).
Le groupe des travailleurs en contrats aidés apparaît comme un groupe à risque particulièrement élevé de santé dégradée pour la plupart des indicateurs.
Les femmes en "emploi stable à temps partiel" présentent des risques similaires, voire inférieurs à ceux de la catégorie "stable à temps plein" pour certains indicateurs : tabagisme, absence de suivi gynécologique, obésité, pression artérielle élevée et mauvais état bucco dentaire, ce qui n’est pas le cas chez les hommes. Il est probable que le temps partiel soit volontairement choisi pour certaines catégories sociales lorsqu’un arbitrage travail/famille s’avère socialement et économiquement possible.
Les différences observées entre les hommes et les femmes pour l’obésité sont en accord avec la littérature, qui a montré que la précarité est plutôt associée à la maigreur chez les hommes et l’obésité chez les femmes.
Ces résultats persistent et restent statistiquement significatifs après ajustements sur la catégorie socioprofessionnelle et le niveau d’études.
Une question essentielle qui reste posée est celle de l’interprétation des associations en termes de déterminisme : causalité ou sélection ?
(publié le 14 décembre 2009)